ACTE m, SCENE VIII. i5i
CÉLIANTE.
Et moi , je vous soutiens qu'il m'aime à la fureur.
D AMON
Je vous dirai bien plus; c'est qu'une autre a son cceui
CÉ LIANTE
Et qui ilonc, s'il vous plaît?
Votre sœur elle-même.
Ma sœur? Quel conte !
DAM ON
Non; je vous jure qu'il l'aime.
CÉLIANTE.
Je ne le saurois croire, et vous jurez en vain.
DAMON
Tout comme il vous plaira; mais le fait est certain.
CÉLIANTE.
Et pourquoi vient-il donc me dire qu'il m'adore? Me presser de l'aimer?
DAMON
Pour ce point, je l'ignore :
A moins que le dépit de se voir rebuté, A vous offrir son cœur ne l'ait enfin porté. De ce mystère-ci voulez-vous être instruite? x\llez sur ce sujet interroger Mélite ; Elle confirmera ce que je vous ai dit.
CÉLIANTE.
Le marquis m'aimeroit seulement par dépit! Il m'offriroit un cœur rebuté par une autre!
i56 LE PHILOSOPHE MARIÉ.
Est-ce son sentiment, seroit-ce aussi le vôtre, Qu'on ne puisse m'aimer qu'au refus de ma sœur?
DAM ON
Eh! délibère-t-on, quand on donne son cœur? Il se donne lui-même, et nous fait violence. Ai-je fait à vos yeux la moindre résistance? Ne m'ont-ils pas charmé dès le premier moment?
CÉLIANTE.
Pour vous, si vous m'aimez, c'est inutilement. Je ne puis vous souffrir.
Votre bouche l'assure ; Mais votre cœur vous dit que c'est une imposture.
CÉLIAATE.
Et ma bouche et mon cœur sont d'accord là-dessus.
DAMON
Vous l'avez dit cent fois, mais je ne le crois plus.
CÉLIANTE.
Peut-on à cet excès pousser la confiance ?
DAMON
Mais consultez-vous bien. Vous gardez le silence?'
CÉLIANTE.
Vous n'avez plus le don de me persuader. N'avons-nous pas rompu?
DAMON
Pour nous raccommoder.
Pour nous raccommoder? Je n'en ai point d'envie.
DAMON
Et moi, je crois qu'au fond vous en seriez ravie