‹ Chefs-d'œuvre dramatiques de Destouches (volume 2)Chapitre 117 sur 232 · SCÈNE VI · texte numérisé non relu

SCÈNE VI

ARISTE, MÉLITE, CÉLIANTF, I INETTE.

CÉLIAXTE.

Oui, son procédé m'irrite :

J'en veux avoir raison.

Modérez ce courrou.'t :

Peut-être a-t-il dessein de se donner à vous.

i8o LE PHILOSOPHE MARIÉ.

CÉ LIANTE

Qu'il m'adore s'il veut; je le hais, le déteste. Me croyez-vous donc fille ù prendre votre reste?

ARISTE

De qui parlez- vous là?

M ÉLITE

Nous parlons du marquis.

CÉLIAÎÎTE.

M'adorer par dépit ! Ali ! le trait est exquis. Je voudrois bien savoir si, sans extravagance, Quelqu'un vous peut sur moi donner la préférence. Pour vous offrir ses vœux, ma sœur, plutôt qu'à moi , Il faut être imljéciie oiï philosophe.

ARISTE

Eh quoi !

Toujours désobligeante? Est-elle criminelle, Si quelqu'un près de vous ose la trouver belle?

M ÉLITE

Me voyez- vous, ma sœur, chercher des soupirants. Ou, pour vous les ôter, m'offrir à leur encens ? Faut-il même avouer, pour vous rendre contente, Que mes traits font horreur , que vous êtes charmante? Je le déclarerai devant qui vous voudrez, Et tout autant de fois que vous l'exigerez.

Ce seroit là nous rendre une égale justice;

Mais je n'exige point un pareil sacrifice.

Ne parlez point pour moi : mes traits parleront mieux

A quiconque a du goût, de l'esprit et des yeux.

Quant à notre marquis, c'est chose très constante

ICTE IV, SCENE VI. ,8t

Que j'ai dû, plus que vous, lui paroitre charmante. Étant homme de cour, et parfait connoisseur, Il m'offense en osant rae préférer ma sœur. Pour s'arracher à vous, il m'offre son hommage. Me le fait agréer; et c'est un double outrage Qui me pique à tel point que je m'en vengerai.

ARISTE

Et de quelle façon?

CÉLIANTE.

Je lui déclarerai Qu'il a parfaitement l'honneur de me déplaire.

ARISTE, riant.

Il sera fort touché d'un aveu si sincère !

CÉLIAXTE.

Que si c'est par dépit qu'il s'est offert à moi, C'est par dépit aussi que j'ai reçu sa foi.

ARISTE, riant.

Bon!

CÉLIAXTE.

Que ma sœur, bien loin de répondre à sa flamme. Le méprise.

Fort bien !

CÉLIAXTE.

Et qu'elle est votre femme.

ARISTE, effrayé.

J'ai des raisons encor pour cacher mon secret, Et principalement au marquis du Lauret.

MÉLITE

Quelle obstination ! Votre oncle et votre père 1. i6

i82 LE PHILOSOPHE MARIE.

Veulent vous marier, est-il temps de vous taire?

ARISTE

Sur cet article-là ne vous alarmez pas; Je trouverai moyen de sortir d'embarras.

M ÉLITE

Quoi! sans vous expliquer sur notre mariage?

ARISTE

Si vous m'obéissez, c'est à quoi je m'engage.

MÉLITE

J'obéirai, pourvu que vous juriez aussi D'empêcher le marquis de revenir ici.

ARISTE

Moi, l'empêcher! Comment? Que pourrai-je lui dire?

Que je suis votre femme.

ARISTE

Il n'est point de martyre Que je n'aimasse mieux mille fois endurer, Que de prendre sur moi de le lui déclarer.

MÉLITE

Eh bien ! pour ne vous faire aucune violence, Permettez qu'au marquis j'en fasse confidence.

ARISTE

]S'est-ce pas même chose? Et, dès qu'il me verra...

CÉLIAXTE.

Voyez le grand malheur, quand il vous raillera!

Mon cher beau-frère, autant que je puis m'y connoitre,

Vous êtes marié, mais très honteux de l'être.

MÉLITE

Prenez votre parti, le marquis vient à vous.

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