‹ Chefs-d'œuvre dramatiques de Destouches (volume 2)Chapitre 123 sur 232 · SCÈNE I · texte numérisé non relu

SCÈNE I

AllISÏE, DAM ON.

DAMON

Mais écoutez-moi.

ARISTE

'Son. Vou5 nie parlez en vain ; llien ne peut m'empécher de suivre mon dessein.

DAMO>.

Vous extravaguez donc ?

ARISTE

Soit folie ou sagesse, Je pars, et dans l'instant.

DAMON

Quelle étrange foiblesse Que dira-t-on de vous?

AUISTE.

Tout ce que l'on voudra. Pourvu que je sois loin , rien ne me touchera.

Quoi ! cet esprit nourri de la sagesse antique >e perd (juand il s'agit de la mettre en pratique?

ARISTE

•le vous l'ai dit souvent : les sages autrefois,

LE PHILOSOPHE MARIE. lyi

De la seule vertu recoimoissant les lois, Loin de fuir la douleur comme un affreux supplice , Non contents de la vaincre, en faisoient leur délice. Les plus sanglants affronts, les plus cruels mépris, Ne pouvoient un instant ébranler leurs esprits : Immobiles rochers, ils défioient l'orage. J'admire leur e.Kemple, et n'ai pas leur courage.

Et moi , je vous réponds (]ue vous l'égalerez Dès le même moment que vous vous calmerez.

ARISTE

Eh ! comment me calmer au fort de ma disgrâce?

Je voudrois qu'un instant vous fussiez à ma place,

En butte à mille affronts pires que le trépas:

Un front à triple airain ne les soutiendroit pas.

A peine quelques gens savent mon mariage,

yu'au même instant sur moi je vois fondre un orage.

Un déluge d'écrits, tant en prose qu'en vers.

Qui vont à mes dépens réjouir l'univers.

Et que sera-ce donc quand la cour et la ville...?

Pour parer tous ces traits, soyez ferme et tranquille ; (-i'est le meilleur parti.

ARISTE

Je le sens comme vous.

Mais pourriez-vous tenir contre de pareils coups? Lisez.

( Il présente plusieurs papiers à Damon. ) D A M o -N .

Bon ! jeuv d'esprit et pures bagatelles!

ARISTE

Morbleu! ce sont pour moi des blessures mortelles. L'équitable public me rend ce qu'il me doit. On va me rire au nez et me montrer au doigt ; Je n'y pourrois survivre : une retraite obscure Me sauvera du moins celte triste aventure.

DAMON

EtMélite?

ARISTE

Dans peu Mélite me suivra.

DAMON

Croyez qu'à ce dessein elle s'opposera.

ARISTE

En dépit d'elle-même il faut qu'elle y consente. Ma disgrâce est l'effet de sa langue imprudente : A mes cruels chagrins je prétends qu'elle ait part; Et je vais la résoudre à souffrir mon départ. Holà ! quelqu'un !

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