‹ Chefs-d'œuvre dramatiques de Destouches (volume 2)Chapitre 162 sur 232 · ACTE II, SCENE II. 25i · texte numérisé non relu

ACTE II, SCENE II. 25i

VALÈRE

Eh non ! vous dis-je, non.

LISETTE

Avant de m'expliquer, Valère, permettez que je vous interroge. Répondez franchement, et sur-tout point d'éloge.

Voyons.

LISETTE

Me trouvez-vous l'air de condition Que donne la naissance et l'éducation ? Et croyez-vous mes traits, mes façons, mon langage, Propres à soutenir un noble personnage?

VALÈRE

Un amant sur ce point est un juge suspect : Mais vous m'avez d'abord inspiré le respect, La vénération. Qui les a pu produire?

Votre rang? votre bien? Plût au ciel ! Je soupire Lorsque je vois l'état où vous réduit le sort: Mais pour vous abaisser il fait un vain effort; Et de quelques parents que vous soyez issue. Chacun remarque en vous, à la première vue, Certain air de grandeur qui frappe, qui saisit; Et ce que je vous dis, tout le monde le dit.

LIS ETTE

Ce discours est flatteur; mais est-il bien sincère?

« VALÈRE

Oui , foi de galant homme.

LISETTE

.Apprenez donc, Valère,

Ce qu'on vient de me dire, et ce qui m'est bien doux,

Parceque son effet lejaillira sur vous.

Par de fortes raisons qu'on doit bientôt m'apprendre,

On m'a caché mon rang. J'ai l'honneur de descendre

D'une famille illustre et de condition,

Si l'on n'a point voulu me faire illusion.

VALÈRE

Non , on vous a dit vrai, c'est moi qui vous l'assure; Et j'en ferai serment,

LISETTE, en liant.

Fort bien.

Je vous conjure, Charmante Lis... O ciel! je ne sais plus comment Vous nommer; mais enfin je vous prie instamment, Si vous m'aimez encor, d'être persuadée Qu'on vous donne de vous une très juste idée, Et souffrez que l'amour, jaloux de votre droit. Vous rende le premier l'hommage qu'on vous doit. ( // se met à genoux. )

LISETTE

Valère, levez-vou»; vous me rendez confuse.

VALÈRE

Quei! vous, servir ma sœur! Ah! déjà je m'accuse D'avoir été trop lent à la désabuser ; A vous manquer d'égards je pourrois l'exposer. Mon père m'inquiète , et je sais que ma mère Quelquefois avec vous prend un ton trop sévère. Je vais donc avertir ma famille, et je crains...

LISETTE

Ah ! voilà mon secret en de fort bonnes mains ! On me défend sur-tout de me faire connokre. Si vous dites un mot à qui que ce puisse être, Bien loin de me servir...

VALÈRE

Eh bien! je me tairai.

Je suis dans une joie... Oh! je me contraindrai, Ne craignez rien.

LISETTE

Paix donc, j'aperçois Isabelle.

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