‹ Chefs-d'œuvre dramatiques de Destouches (volume 2)Chapitre 191 sur 232 · ACTE 111, SCENE IV. acjb · texte numérisé non relu

ACTE 111, SCENE IV. acjb

LE COMTE

J'en attendois de vous un plus juste retour, Et ma vivacité vous prouve mon amour.

ISABELLE.-

Dites votre amour-propre. Oui, tout me le fait croire, Vous avez moins d'amour que vous n'avez de gloire.

LE COMTE

L'un et l'autre m'anime , et la gloire que j'ai

Soutient les intérêts de l'amour outragé.

Elle n'a pu souffrir l'indigne préférence

Dont j'étois menacé même en votre présence.

Vous dites qu'elle est fière, et parle avec hauteur.

Mais qu'est-ce que ma gloire, après tout? C'est l'honneur.

Cet honneur, il est vrai , veut le respect, l'estime ;

Mais il est généreux, sincère, magnanime;

Et pour dire en deux mots quelque chose de plus,

Il est et fut toujours la source des vertus.

ISABELLE

Des effets de l'honneur je suis persuadée; Mais a-t-il de soi-même une si haute idée. Qu'il la laisse éclater en propos fastueux? Le véritahle honneur est moins présomptueux; Il ne se vante point; il attend qu'on le vante; Et c'est la vanité qui, lasse de l'attente. Et qui , fière des droits qu'elle sait s'arroger , Croit obtenir l'estime eu osant l'exiger. Mais, loin d'y réussir, elle offense, elle irrite. Et ternit tout l'éclat du plus parfait mérite.

LE COMTE

De grâce, à quel propos cette distinction?

2Çf6 LE GLORIEUX.

ISABELLE

Je VOUS laisse le soin de l'application ;

Et de la modestie embrassant la défense ,

Je soutiens que par elle on voit la différence

Du mérite apparent au mérite parfait.

L'un veut toujours briller ; l'autre brille en effet,

Sans jamais y prétendre, et sans même le croire.

L'un est superbe et vain, l'autre n'a point de gloire ;

Le faux aime le bruit, le vrai craint d'éclater;

L'un aspire aux égards, l'autre à les mériter.

Je dirai plus : les gens nés d'un sang respectable

Doivent se distinguer par un esprit affable, j

Liant, doux, prévenant; au lieu que la fierté

Est l'ordinaire effet d'un éclat emprunté.

La hauteur est par-tout odieuse, importune.

Avec la politesse , un homme de fortune

Est mille fois plus grand qu'un grand toujours gourmé.

D'un limon précieux se présumant formé,

Traitant avec dédain et même avec rudesse

Tout ce qui lui paroît d'une moins noble espèce;

Croyant que l'on est tout quand on est de son sang,

Et croyant qu'on n'est rien au-dessous de son rang.

LE COMTE

Ce discours est fort beau; mais que voulez-vous dire'?

ISABELLE

Lisette, mieux que moi, saura vous en instruire. Je lui laisse le soin de vous interpréter T'n discours qui paroît déjà vous irriter.

LE COMTE

Non . de grâce, avec vous souffrez que je m.explique

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