ACTE IV, SCENE III. 3ig
Sortons, monsieur; je veux embrasser ses genoux. Et mourir de plaisir dans des transports si doux.
LYCANDRE.
Vous n'irez pas bien loin pour goûter cette joie. Vous voulez la chercber, et le ciel vous l'envoie. Oui, ma fille, voici ce père malheureux; Il vous voit, il vous parle; il est devant vos yeux.
LISETTE, se jetant à ses pieds.
Quoi 1 c'est vous-même? O ciel! que mon ame est ravie! Je goûte le moment le plus doux de ma vie.
LTCANDRE.
Ma fille , levez-vous. Je connois votre cœur ; Et je vous l'ai prédit, vous ferez mon bonheur. Mais hélas ! que je crains de revoir votre frère !
Mon frère ? Et quel est-il ?
LTCANDRE.
Le comte de Tufière.
LISETTE
Je ne sais où j'en suis ! je ne respire plus 1 Daignez me soutenir.
LYCANDRE.
Qu'il doit être confus Quand il vous connoîtra !
LISETTE
Moi sa sœur?
LYCANDRE.
Oui , ma fille,
LISETTE
Sans doute, nous sortons de la même famille;
Oui, le comte est mon frère; et dès que je l'ai vu, A travers ses mépris, mon cœur l'a reconnu. De mou foible pour lui je ne suis plus surprise.
LYCANDRE.
Votre cœur le prévient, et l'ingrat vous méprise ! Ah ! je veux profiter de cette occasion , Pour jouir devant vous -de sa confusion, Quand le temps permettra de vous faire connoître.
Jusqtie-là devant lui ne dois-je plus paroître?
LYCANDRE.
Non. Je vais le trouver. La conversation Sera vive , à coup sûr; et sa présomption Mérite qu'avec lui prenant le ton de père. Je fasse à ses hauteurs une leçon sévère.
LISETTE
S'il ne vous connoît pas, vous les éprouverez. '
LYCANDRE.
Non.^ Nous nous sommes vus. Il me connoît. Rentrez, Ma fille ; quelqu'un vient : gardez bien le silence.
LISETTE, lui baisant la main.
Mon père, attendez tout de mon obéissance.