ISABELLE, LISETTE
LISETTE
Oh çà, mademoiselle, expliquons-nous un peu; >'ous pouvons librement nous parler en ce lieu.
ISABELLE
Et sur quoi , s'il vous plaît?
LISETTE
Votre mère apaisée A vos tendres désirs paroît moins opposée; Vous pouvez espérer d'épouser votre amant : Mais, loin de témoigner ce doux ravissement Que vous devez sentir sur le point d'être heureuse 3 Je ne vous vis jamais si triste et si rêveuse.
ISABELLE
Il est vrai.
LISETTE
Vous vouliez le comte pour époux ; Sou amour à vos yeux s'est signalé pour vous ; Il vous a demandée, et cette ame si fière Vient de plier enfin.
ISABELLE
Mais de quelle manière?
De ses soumissions la choquante froideur, Son souris dédaignexix, son air fier et moqueur, Son silence affecté, tout me faisoit comprendre Que son cœur jusqu'à nous avoit peine à descendre. Mon père , avec ardeur , soUicitoit pour lui; A peine de deux mots lui prêtoit-il l'appui; Et sans votre crédit sur l'esprit de mon frère, Qui s'est servi du sien pour ramener ma mère, Le comte a si bien fait que tout étoit rompu. Pour cacher mon dépit, j'ai fait ce que j'ai pu; Mais plus de cet instant j'occupe ma pensée, Plus je sens que j'en suis vivement offensée. Pour un cœur délicat quel triste événement?
LISETTE
Si bien que votre amour est mort subitement ?
ISABELLE
Il est bien refroidi.
LISETTE
Parlez en conscience , ?i'entre-t-il point ici quelque peu d'inconstance?
ISABELLE
Vous me connoLssez mal.
LISETTE
oh ! que pardonnez-moi ; Et s'il faut s'expliquer ici de bonne foi...
ISABELLE
Eh bien?
LISETTE
D'aucun roman, à ce que j'imagine, Vous lie pouirez jamais devenir l'héroïne.