SCENE XVI
V ALÈRE.
Ah , Nérine 1 ma sœur est moins à plaindre que moi. Si elle n'a pas la force de résister, elle en sera quitte pour vivre quelque temps malheureuse avec un mari qu'elle sera en droit de haïr; maismonsort est si cruel, que je ne saurois suivre les ordres de mon père, ni lui déclarer les raisons qui m'en empêchent.
>'ÉRI>-E.
Nous sommes dans le même cas.
V ALÈRE.
Comment donc ?
Expliquez -vous un peu plus clairement, et nous nous rendrons plus intelligibles.
ISABELLE, à Valère.
Mon frère, ne me déguisez rien, je vous en conjure.
VALÈRE
Ah, ma sœur! je n'oserois parler; la moindre indiscrétion me perdroit.
NÉ RI SE
C'est tout de même ici ; un mot lâché mal à propos est capable de gâter toutes nos affaires. ISABELLE, a Valère.
Croyez-vous, mon frère, que je sois capable de vous trahir?
64 LE TRII'LE MAUIAGi:.
V A LE RE
Puisqu'il faut ne rien vous celer, ma sœur... ( à Pasquin. ) Pasquin , dis -lui ce qui s'est passé; je n'ai pas la force de l'avouer moimême.
PASQUIN
Moi, monsieur, révéler un secret! vous me prenez pour un autre.
V A L È R E , à Isabelle.
Tout ce que je vous avouerai, en général, c'est que je ne puis plus me marier désormais.
ISABEL LE
Hélas ! mon frère , il ne m'est pas plus permis qu'à vous de consentir au mariage qu'on me propose.
VAL ÈRE
La dureté de mon père m'a contraint à prendre de certaines résolutions dont je ne puis ni ne veux me dédire.
ISABELLE
La même raison m'a mise dans la nécessité de consentir à des engagements que rien ne peut rompre désormais.
Je suis marié, ma sœur.
ISABELLE
Je suis mariée, mon frère.