ACTE I, SCENE IV. gS
ARISTE
Vous savez qu'un secret...
FINETTE
Deux ans sont écoulés Depuis que nous menons une vie équivoque ; Je n'y puis plus tenir, le secret me suffoque.
ARISTE
Ma patience enfin pourroit bien se lasser-
FINETTE
c'est conscience à vous que de vouloir forcer, Pendant deux ans entiers, des femmes à se taire. Pour moi, j'aimerois mieux vivre en un monastère. Jeûner, prier, veiller, et parler tout mon soûl.
ARISTE, se levant.
Parlez, morl)leu! parlez; je ne suis pas si fou Que de vouloir tenir vos langues inutiles : Sur un point seulement qu'elles soient immobiles; Ce n'est que sur ce point que je l'ai prétendu.
FINETTE
Oui; mais ce point, monsieur, c'est le fruit défendu;
Et voilà justement ce qui nous affriande.
Parmi vingt bons ragoûts, la plus grossière viande
Que l'on me défendroit constamment de goûter
Seroit le seul morceau qui pourroit me tenter.
Jugez, après cela, si je n'ai pas la rage
De parler librement sur votre mariage.
Quel travers 1 Quel esprit de contradiction! Quel fonds d'intempérance et d'indiscrétion ! \ oilà les femmes.
FI NETTE
Soit. Mais, telles que nous sommes, Avec tous nos défauts, nous {gouvernons les hommes. Même les plus huppés; et nous sommes l'écueil Où viennent échouer la sag^esse et l'orgueil. Vous ne nous opposez que d'impuissantes armes : Vous avez la raison, et nous avons les charmes. Le brusque philosophe, en ses sombres humeurs, ^ ainement contre nous élève ses clameurs; Ni son air renfrogné, ni ses cris, ni ses rides, Ne peuvent le sauver de nos yeux homicides. Comptant sur sa science et ses réflexions. Il se croit à l'abri de nos séductions. Une belle paroît, lui sourit, et l'agace : Crac... au premier assaut elle emporte la place.
ARisTE, à part.
Voilà précisément mon histoire en trois mots.
FIN ETTE
Je brûle de vous voir trois ou quatre marmots Braillant autour de vous ; et vous-même , en cachette , Jouant à cache-cache , ou bien à climusette.
ARISTE, à part.
La friponne a raison de rire à mes dépens. Et ses discours malins sont remplis de bon sens.
{haut.) Faisons trêve , de grâce, à tout ce badinage. Je veux encore un temps cacher mon mariage, Pour n'être point privé de la succession D'un oncle dont le bien fait mon ambition.