ACTE I, SCENE VI. loi
ARISTE
D'avoir eu la foiblesse De vous croire discrète, et femme de promesse : Car vous m'aviez promis très solenuellemeut, Avant que nous prissions aucun engagement, Que, tant que je voudrois qu'on en fît un mystère, Votre sœur en seroit seule dépositaire.
M ÉLITE
Il est vrai.
ARISTE
Toutefois, grâce à vos soins prudents, ■Nous avons aujourd'hui nombre de confidents.
iM ÉLITE.
Accusez-en ma sœur, dont la langue indiscrète Ne peut tenir long-temps une affaire secrète Jamais sur ce sujet je ne vous ai trahi. Je n'ai jusqu'à présent que trop bien obéi.
ARISTE
Vous en repentez-vous?
MÉLITE
Oui.
ARISTE
Quelle en est la cause?
MÉLITE
A d'indignes soupçons votre secret m'expose.
Nous demeurons ensemble ; et j'apprends tous les jours
Que cela fait tenir d'impertinents discours.
Je n'en murmure pas. De ma seule innocence
Je me fais un rempart contre la médisance;
Et, sacrifiant tout à mon affection ,
.le laisse déchirer ma réputation :
Mais, puisqu'à cet excès il faut que j'obéisse.
Je demande le prix d'un si dur sacrifice.
ARISTE
Eh quoi?
M ÉLITE
C'est que, du moins, le marquis du Laurel, Ou par vous, ou par moi , sache notre secret.
ARISTE
Le marquis! Pouvez-vous me tenir ce langage? Cest l'homme à qui je veux me cacher davantage. Quoiqu'il soit courtisan , et qu'il ne sache rien , Cest un sage, caché sous un joveux maintien , Et qui ne connoît pas de plus grande foiblesse Que de prendre une femme, et même une maîtresse, Soutenant qu'il n'est point d'autre félicité Que d'être, à tous égards, en pleine liberté. Faut-il vous dire plus ? cent fois , en sa présence , J'ai défendu sa thèse avec tant d'imprudence, Que, s'il sait une fois que je suis marié, Par ses traits, en tous lieux, je serai décrié.
MÉLITE
Quoi donc ! doit-on rougir des nœuds du mariage?
ARISTE
On doit rougir du moins de changer de langage, De principes, d'humeur, ou soutenir l'affront D'être tympanisé : je n'en ai pas le front.
MÉLITE
Cependant il faut bien vaincre cette foiblesse,