‹ Chefs-d'œuvre dramatiques de Destouches (volume 2)Chapitre 74 sur 232 · ACTE II, SCENE II · texte numérisé non relu

ACTE II, SCENE II

PaMON.

Croyez donc votre cœur, et jamais votre esprit. 3Iais encor, dites-moi par quel caprice étrange Votre esprit contre moi se gendarme, c É L 1 A N T E.

Il se venge De ce qu'il ne peut pas régler mes sentiments : Il m'inspire souvent de certains mouvements Qui suspendent l'effet du jtenchant qui m'entraine, Et tiennent du mépris et même de la haine. Vous êtes soutenu par Finclination, Mais souvent maltraité par la réflexion.

DAMOX.

En voulant mobliger, vous me faites injure.

J'ai donc bien des défauts dont votre esprit murmixre?

Ci';L1 A.VTE.

Des défauts f des défauts! Je ne finirois point, Si je voulois à fond examiner ce point.

DAMOX.

Cette discussion n'est pas fort nécessaire.

Premièrement, monsieur, sous un ah- très sincère, Vous êtes faux, rusé, malin comme un démon.

DAMOX.

Je pense...

CELIAXTE.

Écoutez-moi, cela vaut un sermon.

De plus, vous vous crovez un mérite suprême, Et vous n'estimez rien à l'égal de vous-même :

ji8 LE PHILOSOPHE MARIE.

Vous vous raillez sous main de vos meilleurs amiS, Quoique toujours près d'eux complaisant et soumis : Votre intérêt vous guide , et seul vous détermine : Chez vous, en grand secret, l'amour-propre domine Quand vous n'êtes point vu, vous courez au miroir, Et vous vous régalez du plaisir de vous voir. Ce portrait-là n'est pas fort à votre avantage ; Mais, malgré vos défauts , je vous aime à la rage.

DAMON

Quoique vous m'accusiez ici de fausseté, Oserois-je imiter votre sincérité ?

CÉLIANTE.

Fort bien.

DAMON

Vous êtes belle, aimable, généreuse :

Mais vous êtes hautaine, inquiète, orgueilleuse : Le bonheur du prochain vous cause de l'ennui, Et vous amaigrissez de l'embonpoint d'autrui : Vous avez de l'esprit, mais souvent il s'égare; Il vous rend d'une humeur inconstante et bizarre : Toute femme qui plaît vous trouve eu son chemin ; Et vos yeux font la guerre à tout le genre humain : Votre sincérité, dont vous faites parade, N'est jamais que l'effet d'une brusque incartade ; Sans choix, tout est pour vous matière à discourir. Et le moindre secret vous fatigue à mourir. Ce portrait-là n'est pas fort à votre avantage; Mais, malgré vos défauts, je vous aime à la rage.

CÉLIANTE.

Vous m'aimez?

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