ACTE II, SCENE V. u
Je n'examine point le fond de la querelle : Un éclaircissement souvent la renouvelle. Mais, pour l'amour de moi, demandez-vous pardon.
CÉLIANTE.
Moi, qu'elle veut contraindre à quitter la maison?
ARISTE
Avez-vous pu, Mélite, avoir cette pensée?
MEUTE
Pouvez- vous m'en blâmer, lorsque j'y suis forcée?
ARISTE
Et par qui ?
MÉLITE
Par ma sœur. Elle ose s'oublier.
Devant moi, jusqu'au point de vous injurier.
ARISTE
Si ce n'est que cela, remettez- vous, mesdames: Je ne m'offeùse point des injures des femmes.
MÉLITE
Vous nous traitez, monsieur, avec bien du mépris!
CÉ LIANTE
Les femmes valent bien messieurs les beaux-esprits.
MÉLITE
Rien n'est digne de vous, s'il n'est pris dans un livre.
Fréquentez notre sexe, et vous saurez mieux vivre.
Me voilà bien 1 C'est moi qu'on querelle à présent. Quoi ! vous me prenez donc pour un mauvais plais tnt ? Si je passe aisément les injures des femmes, Je déclare que c'^st par respect pour les dames.
Ne vous regardez plus d'un oeil si courroucé , Et dites-moi comment l'affaire a commencé.
MÉLITE, après avoir un peu rêvé.
Demandez-le à ma sœur.
CÉLIANTE.
Non ; dites-le vous-même.
MÉLITE
Je ne m'en souviens pas.
CÉLIANTE.
Ni moi.
ARISTE
Bon ; ce problème Ne m'embarrasse plus. Le fait est clair. Je voi Que vous vous querellez, et ne savez pourquoi. Ainsi donc je conclus en fort peu de paroles Qu'il faut faire la paix, ou que vous êtes folles.
MÉLITE
Vous pourriez nous parler en des termes plus doux.
CÉLIANTE, vivement.
La plus folle des deux est plus sage que vous.
Oh bien ! querellez donc, si cela peut vous plaire.
CÉLIANTE, gravement.
Je querelle , monsieur, quand je suis en colère. Mais de sang froid , jamais.
ARISTE
Ma foi , vous avez tort ; Car vos vivacités me divertissoient fort : L'une et l'autre y mettoit tant d'esprit, tant de giaces... Allons , ranimez-vous; êtes-vous déjà lasses?