‹ Chefs-d'œuvre dramatiques de Destouches (volume 2)Chapitre 91 sur 232 · ACTE m, SCÈNE III · texte numérisé non relu

ACTE m, SCÈNE III

Me rendra désormais un peu plus téméraire... ( Mélile , pendant que le marquis parle , regarde Arisle en levant les épaules; Ariste Im fait signe de se taire.) M É L IT E , bas , à Arisle.

Vous l'entendez.

A R 1 s T E , à Mélile.

Pai.t donc.

LE MARQUIS, bas , à MéUte.

Si c'est témérité Que de vous immoler jusqu'à ma liberté, Que de vous protester (|ue mon cœur ne respire Que pour vivre à jamais sous votre aimable empire... ( Mélite veut parler, et Ariste lui fait signe de se taire. )

M ÉLITE, bas, à Ariste.

Quoi!...

LE MARQUIS

Que de vous offrir et ma vie et mes biens. Et de m'unir à vous par d'éternels liens , Recevez donc enfin mes vœux et mon hommage. ( // se jette aux genoux de Mélite. ) ARISTE, à part.

Je joue ici vraiment un joli personnage !

MÉLITE, Oit marquis.

Levez- vous, finissez, ou je sors à l'instant.

LE MARQUIS

Cest donc là tout le prix d'un amour si constant?

MÉLITE, à Ariste.

Vous pouvez endurer...?

ARISTE, bas , à Mélite.

Cuntrai;;iiez-vou5, de grâce.

i42 LE PHILOSOPHE MARIÉ.

( haut. ) Madame, j'entrevois, par tout ce qui se passe, Qu'il vous aime ardemment, qu'il ne peut vous toucher; Que sa poursuite est vaine, et qu'il devroit tâcher D'éteindre un feu qui met tant de trouble en son ame, A moins que vous n'ayez entretenu sa flamme: Auquel cas, entre nous, vous auriez très grand tort. Cela n'est-il pas vrai?

J'en demeure d'accord. Si j'ai flatté monsieur de la moindre espérance, Qu'il le dise.

ARISTE

Je sors. Peut-être ma présence L'empêche de parler librement avec vous.

M É L I T E , le retenant.

Cette discrétion excite mon courroux.

Restez. Et vous, marquis , expliquez-vous sans feindre. De cet ami commun nous n'avons rien à craindre : H faut qu'il sache tout. Dites la vérité.

LE MARQUIS

Eh bien ! vous allez voir mon ingénuité.

ARISTE, se mettant entre eux deux.

Tant mieux. Pour me donner de plus sûres lumières, Dites si ses discours, ses regards, ses manières, Quand vos empressements l'obligeoieut à vous voir, Ont pu dans votre cœur exciter quelque espoir. Pour bien juger, il faut d'exactes connoissances. Ainsi n'oubliez pas les moindres circonstances.

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