ACTE I, SCENE VI
BABET
Oui, en arbalète. Celui qui fait la pointe est noir, borgne, et boiteux.
LÉASDRE.
Fort bien.
BABET
Le second est gris pommelé; le troisième est dé toutes couleurs , et plus liaut d'un pied que les deux autres, et si maigre, si maigre, que les os lui percent la peau.
ANGÉLIQUE
Voilà le digne équipage d'un poète de campagne.
LOLIVE.
Ma foi, il est encore mieux monté que ceux de Paris.
BABET
Comment, maître Pierre, vous avez donc été à Paris?
Oh! voirement oui, mademoiselle; j'y ai exercé mon métier pendant plus de cinq ans.
BABET
Je suis bien trompée , si je ne vous y ai vu.
ANGÉLIQUE
Je ne puis m'empêcher de rire de la descrip-
tion qu'elle vient de nous faire du char pompeux de naonsieur des Masures.
BABET
C'est une chose à voir. Croiriez-vous bien cependant (|ue ces trois bêtes ëclope'es ont voilure ici cinq on.jfinaiJx, sans compter le cocher, et deux manants qui étoient derrière le carrosse? Aussi se sont-elles couche'es en arrivant.
Les pauvres animaux n'en relèveront pas.
A:fGÉLIQrE.
Et qui sont donc ces quatre personnes qui font cortège ri monsieur des Masures?
BABET
Monsieur le comte et madame la comtesse des Guérets ; monsieur le président de l'Election, et madame sa chère épouse, car c'est ainsi qu'il l'appelle.
Et comment diable avoient-ils pu s'emballer tous ensemble?
BABET
Comme le carrosse ne peut tenir que trois personnes , madame la comtesse étoit sur les genoux de monsieur des Masures, et madame la présidente sur ceux de monsieur le comte. Ils disent que cela s'est fort bien passé, excepté