LE B A R O X
Chez le cousin Sanspair je chercliois la cousine; N'a-t-elle point encor paru sur l'horizon?
GOR JU.
Non; mais elle est levée.
LE BARON
Et j'en sais la raison.
Depuis qu'elle me voit, entre nous, je soupçonne Qu'elle a de grands désirs de devenir baronne, Et que ces dtsirs-là prennent sur son sommeil. Le goût qu'elle a pour moi hâte un peu son réveil. N'est-il pas vrai, Gorjii?
GOR JU.
Ma foi. j'en doute encore.
LE B A R o .N .
Moi , je suis caution que la folle m'adore. Dès qu'elle m'aperçoit, elle court se cacher, Afin, n'en doute point, que j'aille la chercher. Comme j'ai de l'esprit, j'entrevois sa finesse.
GORJU
Et vous a-t-elle dit quelques mots de tendresse ?
A peu près. L'autre jour, lui faisant les yeux doux, Je luis dis : « Vous voyez votre futur époux. »
GOR J L'.
Bon ! Que répondit-elle?
LE BARON
Elle se prit à rire.
Tu vois bien, mon enfant , ce que cela veut dire.
35o L'HOMME SINGULIER,
Vraiment oui je le vois.
LE BARON
Une fille qui rit Est bien aise.
GORJU
A coup sûr. Morbleu! vive l'esprit.
D'abord de ce qu'on voit on pénètre la cause.
LF BARON.
Je te dirai bien plus, mon cher; mais, bouche close : ' Hier sur mon sujet mon cousin la pressoit. ( en riant. ) Elle lui répondit qu'elle me haïssoit.
GORJU
C'est là de l'amour ?
LE BARON
Oui. La 611e est comme un songe; Croyez ce qu'elle dit, vous croyez un mensonge. Ainsi, lorsque je vois la cousine Sanspair Faire avec moi la fièie, et prendre son grand air, Aussitôt je m'écrie : « Ah! charmante pouponne! « Tu caches finement l'amour que je te donne. »
GORJU
Que répond la cousine à cela?
LE BARON
Pas le mot.
Ou bien elle me dit : « Ah! que vous êtes sot! « L'ennuyeux campagnard ! » Et tout cela m'enchante.
GORJU
Cette preuve d'amour est subtile et touchante.