ACTE II, SCÈNE V. lyS
Si jusqu'à me couvrir j'ai poussé l'impudence...
SANS PAIR
Faites ce qu'on vous dit. J'aime l'obéissance.
{Ils s'embrassent.) Asseyons-nous.
PASQUIX.
M'asseoir!
SANSPAiR, vivement.
Encore? Au premier mot...
P A SQ u I N , s'asseyant brusquement. Vous voyez bien , monsieur, que je ne suis qu'un sot.
SAN s PAIR.
Je vois tout le contraire. Approchez. Mes manières
Ont de quoi vous surprendre; elles sont singulières.
Je l'avoue; et d'abord vous l'avez dû sentir.
Le vulgaire imbécile ose s'en divertir:
Il me croit ridicule; et vous-même, peut-être,
Vous le croyez aussi. Quoi! direz-vous, un maître
Forcer son domestique à s'asseoir près de lui,
Et même à se couvrir? Il est vrai qu'aujourd'hui
Donner à ses valets une telle licence,
C'est pousser la bonté jusqu'à l'extravagance.
On n'agit point ainsi dans les moindres maisons;
Mais vous avez du sens, écoutez mes raisons.
Je suis homme.
PASQUIN
A coup sûr.
SAKSPAIR.
Voilà mon plus beau titre.
Fussé-je des humains ou le maître ou l'arbitre;
Oui, mon cher, je suis homme; et vous l'êtes aussi.
N'est-il pas vrai?
PASQUIN
Du moins, je l'ai cru jusqu'ici.
Mais entre vous et moi la différence est belle.
SANS PAIR
Moi, je n'en connois point qui soit essentielle.
Un homme en vaut un autre, à moins que par malheur
L'un d'eux n'ait corrompu son esprit et son cœur.
Car, quel est des mortels le plus considérable?
C'est le plus vertueux et le plus raisonnable.
Et quel est le plus vil? C'est le plus vicieux.
Il a beau se larguer de ses nobles aïeux,
Beau se croire au-dessu-^ de tous tant que nous sommes,
Dès qu'il est corrompu , c'est le dernier des hommes.
Malgré les préjugés de l'éducation, ;
Je ne vois point entre eux d'autre distinction ;
Le reste est chimérique aux yeux d'un homme sage.
Par conséqueist, sur vous je n'ai nul avantage;
Et je dois oublier ce que vous respectez,
Si nous sommes égaux en bennes qualités.
Vous ouvrez de grands yeux, et gardez le silence!
Sentez- vous entre nous quelque autre différence?
PASQUIN
Oui , m.onsieur, je la sens, ou je serois un fat:
Vous êtes un seigneur ; moi, qui suis-je? un pied-plat.
Mais par quelle raison ?
Je ne puis vous la dire.