‹ Chefs-d'œuvre dramatiques de DestouchesChapitre 213 sur 338 · SCÈNE III · texte numérisé non relu

SCÈNE III

JULIE, SANSPAIll, PASQUIN.

JOLIE

Mon frère, d'où nous vient cet aimable seigneur? Est-il de vos amis ?

SAN s PAIR.

Assurément, ma sœur; Un seigneur si bien fait, si galant , doit vous plaire. Ne dissimulez plus.

JULIE

Détrompez-vous, mon frère; De grâce, ayez de moi meilleure opinion. Sur vos sages discour-, j'ai fait réflexion : De tous mes goûts pervers à la fin revenue , Contre les faux brillants je me sens prévenue. Je me moque à présent de ce que j'admirois ; J'aime de tout mon coeur ce que je haïssois.

:^2o L'HOMME SINGULIER.

Vous, qui me pavois.iez bizarre, insupportable,

A mes veux maiiitenaut vous êtes admirable :

Ce qui les effravoit leur devient t\.milier; *

Rien no leur paroît beau , s'il n'est pas singulier;

Et bien loin que nos gcùts s'ac';ordent mal ensemble ,

Pour qu'un linmme me plaise , il tant qu'il vous ressemble.

s A.XSP A IR.

Vous me trompez, Julie. Un pasei! changement Ne peut-être, à coup sur, l'ouvrage d'un moment.

JULIE

Aus.si , jiendant long-temps me suis-je combattue! Et j'ai fait tant d'efforts que je me suis vaincue.

PASQUIN

Ma foi, la pauvre enfant me fait compassion. A vingt ^ns se livrer à la réflexion ! Sauspair, en vérité, vous la rendez maussade.

JULIE, à Pasquin.

Vous vous croyez charmant, et vous êtes bien fade.

PAS^iUIN.

Bien fade, ma princesse ! Adieu, sage Sanspair, Je ne veux plus chez vous prodiguer le bon air.

( Pasquin sort.)

JULIE

Vous nous obligerez. D'un homme sage, grave, J'aspire désormais à me rendre l'esclave : Je vivrois avec lui dans un obscur séjour. Plus contente cent fois qu'au milieu de la cour.

SANSPAIR.

Ma sœur, je n'en crois rien.

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