ACTE IV, SCÈNE VIT. 32 j
Dont on vient de parler?
SANSPAIR.
Oui, monsieur, c'est lui-même; Homme plein de candeur, que j'estime, que j'aime, Parceque du vieux temps il rappelle les nnfurs, Et qu'il est ennemi du faste et des grandeurs. Il est vif, il est prompt; marque ù'un cœur sincère : C'est des honnêtes gt^ns le défaut ordinaire, Et Tunique défaut que je remarque en lui.
LE COMTE, criin air vif et surpris.
Vous lui donnez Julie ?
LE BARON
On contracte aujourd'hui, Et demain on épouse.
s ATi s P XI K. ail baron.
Attendons, je vous prie.
LE BARON
Cousin, je n'en puis plus. Il faut qu'on me marie. Ou qu'on m'assomme.
LE COMTE ^ gravement.
Eh bien , on vous assommera.
Cet homme est admirable! Eh! qui s'en chargera?
LE COMTE, gravement.
Mais... moi, si vous voulez.
LE BARON
L'offre est fort obligeante.
Vous êtes donc, mon cher, d'une humeur assommante?
LE. COMTE, toujours j}avcrncnt.
Quand quelqu'un me déplaît, je m'en fais un régal.
32fi L'HOMME SINGULIER.
LE BARON, à Saiispair.
Que faites-vous ici de ce't orif^inal ? Ose-t-il plaisanter avec cette ligure^
LE COMTE, rfii même ton.
Me traiter de plaisant, c'est me faire une ijijure. Un homme singulier est toujours séiieux.
LE BARON
Sais-tu bien , mon ami , que je suis bilieux?
SANS PAIR
Parlez mieux , mon cousin , ou gardez le silènes. Apprenez que monsieur est homme de naissance.
LE BARON
Ce visage seroit homme de qualité ?
LE COMTE, frappant du pied et d- la canne. Morbleu! si ce n'étoit ia singularité... s A N s PA I R , flw comte.
Eh! pour l'amour de moi...
LE co.WTE, vivement.
Que le diable m'emporte.
SANSPAiR, au comte.
Un homme singulier s'emporter de la sorte !
LE BARON
Il croit donc ra'effrayer avec son œil hagard? Savez-vous qui je suis ?
LE COMTE, gravement.
Un très plat campagnard.
LE BARON
Moi campagnard! Moi plat! Ah! si j'entre en furie...
LE COMTE, dun air menaçant.
£h bien? "
x^CTE IV, SCÈNE VII. Say
LE B A R o .\ , 5e reculant près de Satispair. lieteiiez-nioi . mou cousin , je \ous prie ; Car il arriveioit ici qu jlque accident.
LE coMTt, lui faisant une révérence.
Ah! monsieur le baron , je vous crois trop prudent.
LE BARON
A quatre pas d'ici tu verrois ma prudence.
LE COMTE, le prenant par le boulon.
J en veux, dès ce moment, faire l'expërieuce. Venez, brave baron.
LE BARON, entraîné par le comte.
Séparez-nous , cousin ; Je sens que je m'échaufte.
SANSPAIR, retenant le comte.
Eh! de grâce, voisin...
LE COMTE
Eh bien ! promettez-moi de m accorder Julie.
SANSPAIR.
Je ue le puis.
LE COMTE, toujours gravement.
Songez que je vous en supplie.
LE BARON
Oser la demander, c'est me faire un affront. Et si je o'eloi> pas aussi sage que prompt... LE co M T E , 5e jetant sur le baron.
Que feriez- vous?
SA NSi'Al R , retenant le comte.
Monsieur...
LE COMTE, reprenant sa gravité.
Pardon, mon cher confrère.
Il a mis eu défaut mon humeur singulière :
Mais je suis très surpris, pour trancher en un mot,
De vous voir entêté d'un cousin aussi sot.
Vous allez vous donner le plus grand ridicule...
LE BARON
Sortons.
tE COMTE.
Soit.
LE BARON
Attendez, il me vient un scrupule.
( à Sanspair. ) Est-il bien gentiJhommç?
SANSPAIR, l'éloignant du comte.
Kh ! baron , croyez-moi.
LE BARON
Mais vous ne le crovez que sur sa bonne foi, Et je suis délicat sur de pareils chapitres.
{au comte.) Avant que de nous battre, apportez-moi vos titres.
LE COMTE
[lui montrant son épéc.) [montrant son cœur.) Vous voyez le premier; et voici le second.
LE BARON, faisant mine de tirer son épéc. Oh ! parbleu, mon ami, tu baisseras le ton; Et sur-le-champ...
LE COMTE, tirant son épée.
^oyons.
{Le marquis et la comtesse paraissent.) LE BARON, toujours ta main sur ta (jarde de son épée.
Cousin, laissez-moi faii'e;