ACTE I, SCÈNE Vlll
[à Cléon et an comte, qui le saluent.)
Serviteur! serviteur!
CLÉON, en souriant.
Qu'avez-vous? Vous voilà d'assez mauvaise humeur, Ce me semble?
LE BARON, brusquement.
Oui , morbleu !
> CLÉON
Pourquoi ce ton sévère?
LE BARON
J'étois intime ami de défunt votre père...
CLÉON, l'interrompant.
Je sais cela. Passons.
LE BARON
Je puis même ajouter Qu'il connoissoit mon rang, savoit le respecter; Que, loin de se piquer d'une haute naissance, Il mettoit entre nous beaucoup de différence. Et que reconnoissant de mes égards pour lui. Il n'en abusoit pas comme vous aujourd'hui.
Ah ! vous voulez prêcher, et me faire comprendre Que vous m'honorez trop en me prenant pour gendre?
LE BARON
Si je vous le disois... je ue raentirois point... Mais il ne s'agit pas à présent de ce point. Je viens me plaindre à vous de vos folles dépenses. Quoi! je serai témoin de tant d'extravagances, Et je les souffrirai?
CfÉoN, dun ton méprisant.
Mais, monsieur le baron, Vous le prenez ici sur un fort plaisant ton !
LE BARON, enfureur.
Mon ton n'est point plaisant.
CLÉON , «u comte , en riant.
C'est celui de mon père.
Je crois l'entendre encore.
LE BARON
Il avoit bien affaire De suer, de veiller, d'entasser pour un fils, Qui prodigue des biens si durement acquis. ( Cléon et le comte rient. )
CLÉON
Voilà comme il parloit... Ma foi! je vous admire : Si mon père vivoit, il ne pourroit mieux: dire. Mais le pauvre bon homme étoit très ennuyeux... Asseyez-vous, baron; vous prêcherez bien mieux.
LE BARON, s' asseyant brusquement.
Ah parbleu! volontiers... ouvrez bien vos oreilles.
c L Éo N , au comte, en s'asseyant. Asseyons-nous aussi , nous entendrons merveilles. {au baron.) {au comte, en riant. )
Eh bien ! vous dites donc?... Ne l'interrompons point.
LE BARON
Que vous êtes un fou. Voilà mon premier point.
CLÉON
{au comte.) Coiitiiiuez, bon homme... Il radote, le sire.