ACTE 11, SCÈNE I
JULIE
Je l'ai moins maltraité; c'est ce que j'ai pu faire.
FINETTE
H croit vous acquérir.
JOLIE
Il verra le contraire.
Mais je ne puis penser, sans un chagrin cuisant. Que Cléon , me croyant en un besoin pressant , Loin de venir m'offrir une ressource prompte, Pour s'y déterminerait consulté le comte.
FINETTE
Belle délicatesse! Encor si vous l'aimiez. Ce seroit à bon droit que vous vous plaindriez; Mais aimant son argent, bien plus que sa personne, Qu'importe que son cceur ou sa main vous le donne?
JOLIE
Que tu me conoois mal!
FINETTE
Je jurerois que non.
Ma'lgre tes faux soupçons, j'aime toujours Cléon. C'est l'amour le plus vif...
FINETTE, l'interrompant.
Oui , l'amour des pistoles On ne m'éblouit point par de belles paroles.
J ULIE, vit'emeHt.
Oh! tu me fâcheras, si tu ne me crois point.
FINETTE
Eh bien! cela posé, traitons un autre point. Je ne m'étonne point si céans l'argent roule.
4oo LE DISSIPATEUR.
Et si des emprunteurs il attire la foule...
JULIE, l'interrompant.
Comment?
FINETTE
Pour mériter encor mieux notre amour, Cléon vient, par ma foi, déjouer un beau tourl Il a vendu sous main une terre à Dorante : Terre fjni vaut au moins dix mille écus de rente. Ce marché s'est conclu sans qu'on en ait su rien; Mais Pasquin m'a tout dit... Vous souriez? Eh bien ! Qu'en dites-vous?
JULIE
Je dis... que l'affaire est très bonne.
FINETTE
Oui, pour les emprunteurs... Votre sang-froid m'étonne.
Je sais le fait.
FINETTE
Comftaent! et quand l'avez-vous su?
JULIE
J'ai conduit le marché; c'est moi qui l'ai conclu.
FINETTE
Qui? vous, autoriser la plus haute sottise?...
JULIE
Le reste va bien plus augmenter ta surprise.
FINETTE
Quoi?
JULIE
Dorante n'a fait que me prêter son nom , En achetant, sous luain , la terre de Cléon :