LE COMTE, CLÉON
CLÉ ON, allant au-devant du comte, qui veut l'éviter. Cher ami! savez-vous jusqu'où va ma disgrâce? Déjà de mou malheur tout le monde se lasse. Je n'ai plus d'amis.
LE COMTE, en souriant.
Quoi! peusiez-vous en avoir ^
CLÉON
Ah! que je m'abusois!... J'en suis au désespoir.
LE COMTE
Modérez, croyez-moi, cette douleur profonde. Ce qui se passe ici n'est que le train du monde. Vous vous êtes trompé jusqu'à ce triste jour,
494 LE DISSIPx^TEUR.
En vous imaginant qu'on vous faisoit la cour.
Ce n'étoit point à vous, c'étoit à vos richesses ;
On vouloit partager vos plaisirs , vos largesses.
On trouvoit tout chez vous : on n'y trouve plus rien;
Et l'on perd ses amis en perdant tout sou bien...
Le monde est fait ainsi , j'en ai l'expérience.
Suivez donc le torrent, et prenez patience.
CLÉOA.
Étiez-vous donc aussi de ces amis trompeurs?
LE 0 0. M TE
Moi!... j'étois comme un autre au rang de vos flatteurs... Mais vous n'en aurez plus. Grâce à votre misère, Chacun à votre égard va devenir sincère.
CLÉON
Eh quoi! m'attendiez-vous à cette extrémité Pour m'oser librement dire la vérité?
LE COMTE
On ne se fait aimer que par les complaisances... Mais ne vous plaignez plus des fausses apparences. Si ce qu'on dit est vrai... je ne suis pas un sot... On m'a berné pourtant comme un franc idiot... Les plus fins sont trompée ; et cette indigne veuve. Qui vous a tout ravi , m'en fait faire l'épreuve.
CLÉON
Comment?
LE COMTE
Je l'adorois. Sur un espoir flatteur.
J'ai tâché par vos dons de m'acquérir son cœur. Je les sollicitois, de concert avec elle; Mais ils ne m'ont acquis qu'une haine mortelle^