ACTE III, SCENE II
ANGÉLIQUE
Avant donc que vous entrepreniez de prononcer sur mon sujet, je demande préalablement que vous examiniez avec moi nos connoissances eu géne'ral, les degrés de ces connoissances, leur étendue, leur réalite' ; que nous convenions de ce que c'est que la vérité, et si la vérité se trouve effectivement. Après quoi nous traiterons des propositions universelles , des maximes , des propositions frivoles, et de la foiblesse ou de la solidité de nos lumières.
LE PRÉSIDENT
Mademoiselle, dispensez- vous de cette discussion. Tout se réduit à un point fort simple: savoir, si vous avez de l'esprit, ou si vous n'en avez pas.
ANGÉLIQUE
Eh! comment le connoîtrez-vous? Définissezmoi l'esprit , premièrement ; et si je suis contente de votre détinition, je verrai si vous êtes capable de juger si j'ai de l'esprit, ou si je n'en ai pas : car il ne sufHt pas de dire des mots, il faut leur attacher des idées, et convenir de celles qui leur sont propres; mais c'est ce que la plupart des hommes négligent. De là procède la témérité, la fausseté de leurs jugements. Ils apprennent les mots, à la vérité, mais ignorant les vraies idées
avec lesquelles ces mots ont leur liaison, ils forment des sons vides de sens, et parlent comme des perroquets. Quoi ! vous me regardez tous trois sans rien dire?... Qu'avez-vous à me répondre ?
LE PRÉSIDENT
Qu'il faut que monsieur des Masures ait perdu l'esprit, puisqu'il ose dire que vous êtes une beie,
LA COMTESSE
Je le croyois un grand homme ; mais me voilà bien désabusée.
LA PRÉSmENTE-
Pour moi, je suis saisie d'étonnement.
ANGÉLIQUE
Peu de chose vous étonne, à ce que je vois... Mais si je vous disois.. .
LE PP.ÉSIDENT.
Je prononce, sans aller aux voix, que vous avez infiniment d'esprit, et que vous êtes très savante.
LA PRÉSIDENTE
Je prononce de même.
LA COMTESSE
Et moi, je le soutiendrai contre toute la terre.
ANGÉLIQUE
•Vous m'accordez l'esprit, vous m'accordez la science, c'est me faire bien de l'honueur; mais