‹ Chefs-d'œuvre dramatiques de Du Vaure, et PironChapitre 217 sur 242 · SCÈNE VU · texte numérisé non relu

SCÈNE VU

DORANTE, LISETTE

LISETTE, bas , ayant aperçu Dorante, et lui tournant

brusquement le dos.

Le jaloux nous surprend ; le voilà furieux : Car je passe , à coup sûr, pour Lucile à ses yeos.

DORANTE, sans approcher.

•I Avec cette promesse, où mon espoir se fonde, <• Je vous laisse, et m'en vais le plus content du monde. Madame , on n'aura pas de peine à concevoir Quelle étoit la promesse et quel est cet espoir. Mais ce que l'on auroit de la peine à comprendre , C'est que cette promesse et si douce et si tendre , Reçue à la même heure et presque au même lieu, Mot à mot, dans ma bouche , ait mis le même adieu. Il faut \ous en f^iire un de plus longiie durée,

3jo la métromanie.

Et dont vous vous teniez un peu moins honorée.

Adieu , madame , adieu, ye vous flattez jamais

Que je vous aie aimée autant que je vous hais.

{Il fait quelques pas pour s'en aller. ) M s ETTE, bas.

Donnons-nous, à notre aise, ici la comédie :

Car il va revenir.

(Elle s'assied au-devant et à l'un des coins du théâtre, en face du parterre , se cachant le visage avec son éventail, du coté par où Dorante peut l'aborder.)

DOUANTE, croyant voir dans cette attitude l'embarras d'une personne confondue.

Monstre de perfidie!

Pouvoir ainsi ])asser, d'abord et sans égard.

Des mains de la nature à ce comble de l'art!

M'avoir peint ce ri\al comme le moins à craindre !

M'avoir persuadé, presque au point de le plaindre!

Qu'avez-vous |)réteMdu par cette trahison?

Pourquoi il'un \ain espoir y mêlant le puison,

Me venir étaler d oblijjeantes alarmes?

Me dire, en paroissant prête à verser des larmes:

«Dorante, ou je fléchis mon père, ou de mes jours,

« A l'asile où j'étois , je consacre le cours ? »

Quels etoient nos desseins? Képondez-moi, cruelle!

Ne les dois-je imputer qu'à l'or-fued d'une belle.

Qui, jalouse des droits d'un éclat peu commun,

Veut jajpier tous les cœurs, et n'en veut perdre aucun?

Ce re|)roche fut-il le seul que j'eusse à taire!

Mais, hélas! maijjré moi, la vérité m'éclaire.

Ce rival, dès Ion{;-temps, est le rival aimé.

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