SCENE I
DAMIS
Je ne me coiiuois plus aux transports qui m'agitent. Eu tous lieux , sans dessein , mes pas se précipitent. Le noir pressentiment, le repentir, l'effroi. Les présajjes fâcheux volent autour de moi. Je ne suis plus le même enfin depuis deux heures. Ma pièce auparavant me seniLloit des meilleures : Je n'y vois maintenant que d'horribles défauts. Du foible, du clinquant, de l'obscur, et du faux. De là, plus d'une image annonçant l'infamie; La critique éveillée ; une loge endormie; Le reste, de fatigue et d'ennui harassé. Le souffleur étourdi; l'acteur embarrassé ; Le théâtre distrait; le parterre en balance. Tantôt bruyant, tantôt dans un profond silence; Mille autres visions, qui toutes dans mon cœur Font naître également le trouble et la terreur. Voici l'heure fatale oîi l'arrêt se prononce ! Je sèche. Je me meurs. Quel métier! J'y renonce. Quelque flatteur que soit l'honneur que je poursuis Kst-cc un équivalent aux horreurs où je suis?
332 LA MÉTRO.VlANIE.
Il n'est force, courage, ardeur qui n'y succombe. Car eufin , c'en est fait ; je péris , si je tombe. Où me cacher? Où fuir? Et j>ar où désarmer L'honnête oncle qui vient pour me faire enfermer? Quelle é{;ide opposer aux traits de la satire? Comment | aroitre aux yeux de celle à qui j'aspire? De quel front, à quel titre, oserois-je m'offrir. Moi, misérable auteur, qu'on viendroit de lli-trir? (// se tait quelque temps , et se promène à grands pas comme un homme extrêmement agité.) Mais mon iiicertituile est mon plus jjrand supplice. Je supporterai tout, pourvu qu'elle Unisse. Chaque instant qui s'écoule, empoisonnant son cours, Abréje au moins d'un au le nombre de mes jours.