ACTE II, SCENE XIV. yï
POLYMATHE.
Ah ! fiivine Sapho ! vous avez l'air d'un sentiment!
LISETTE
Cela est beau. Comment avez-vous dit, monsieur?
POLYMATHE.
Je soutiens, madame, que vous avez l'air d'un sentiment.
LISETTE
J'ai l'air d'un sentiment! Apparemment, voilà du neuf, du sublime ! Je n'ai point assez d'esprit pour l'entendre ; mais je l'admire. Enfin je ne veux me re'gler que par vos avis, non seulement sur mes ouvrages, mais encore pour les soins de ma maison. Vous guiderez même ma conduite, et je vous regarderai comme un véritable ami.
POLYMATHE.
Je sens tout le mérite de cette préférence , mais je crains de ne pas conserver long-temps le titre flatteur d'ami dpnt vous m'honorez.
LISETTE
Pourquoi, monsieur?
POLYMATHE.
La preuve en est simple , mais victorieuse : regardez-vous, madame. Votre miroir vous per-
suadera que tous vos amis vous sont (luelcj-iie cliose de plus.
HSKÏTE.
Quelle délicatesse! L'on ne tient point à cela. Ne m'en dites pas davantage ; je nains ce plus ; ce plus m'alarme... Qu'il est séduisant vis-à-vis de vous! Commerce d'esprit, conversations savantes, amitié, tant qu'il vous. plaira ; rien audelà. Les peines de l'amour étouffent ses plaisirs. Vous ne me persuaderez pas le contraire; votre éloquence est vaine, votre peine inutile. Finissez... de grâce: finissez donc. (^ Polymathe fait plusieurs gestes de protestations, pousse plusieurs soupirs, et ses yeux expriment les désirs les plus vifs pendant toute cette tirade de Lisette.') Quoi! vos soupirs s'en mêlent? Ils agissent en vain; ils n'obtiendront rien, pas le moindre retour: j'y suis insensible, vous dis-je; ne les prodiguez pas... lùicore?... Ciel ! vos yeux se mettent de la partie. Ah ! quelle trahison ! Tentative superflue. Je ne suis point faite à ce langage. Regards en pure perte ; je ne les entends point; je ne veux point les entendre. Non, monsieur, je ne les entends point ; je ne les entendrai jamais. Je vous quitte ; adieu, monsieur, adieu.