‹ Chefs-d'œuvre dramatiques de Lefranc de Pompignan, Guyot de Merville, Pont de Veyle, et LanoueChapitre 13 sur 279 · BARGE · texte numérisé non relu

BARGE

Qui l'eût cru que l'amour causeroit vos malheurs , Vous que, depuis la mort de votre époux Sichée, Tant de superbes rois ont eu vain recherchée? Échappé du courroux de Neptune et de Mars, Un étranger paroît; il charme vos regards. Vous l'aimez aussitôt que le sort vous l'envoie.

DIDON

Oui, je l'aime; et mon ame est pour jamais la proie

De la divinité dont il reçut le jour.

Je reconnois sa mère à mon funeste amour.

Car ne présumez pas qu'en secret satisfaite

Votre reine elle-même ait hâté sa défaite :

J'ai combattu long-temps, et, dans ces premiers jours,

La mort même et l'enfer venoient à mon secours.

Tremblante de frayeur, de remords déchirée,

Aux mânes d'un époux je me croyois livrée :

Mais ces tristes objets sont enfin disparus;

Énée est dans mon cteur, les remords n'y sont plus...

Hélas ! avec quel art il a su me surprendre !

(Chaque instant qu'attachée au plaisir de l'entendre

J'écoutois le récit de ces faiaeux revers

i8 DinON

Qui (lu nom des Troyciis remplissent l'univers,

Maljjré le nouveau trouhie é\e.\é dans mon anx;.

Je |)renois pour pitié les transports de ma (lammc.

Quelle étoit mou erreur, et qu'il est dangereux

De trop plaindre un héros aimable et malheureux !...

[à part.) Amour, que sur nos ccEurs ton |)Ouvoir est extrême!..

(à Élise.) Même ajtrès le danger on craint pour ce qu'on aime... Je crois voir les combats que j'entends raconter; Je frémis pour Énée et je cours l'arrêter. Tantôt sous ces remparts que la Grèce environne. Je le vois affronter les fureurs de Hellone; Je le suis, et des Grecs défiant le courroux, Je prétends sur moi seule attirer tous leurs coups. Mais bientôt .sur ses p^is je vole éjiouvantée Dans les murs saccagés de Troie ensanglantée. Tout n'est à mes regards qu'un vaste embrasement; A travers mille feux je cherche mon amant. Je tremble que du ciel la faveur ralentie N'abandonne le soin d'une si belle vie; Mes vœux des immortels implorent le secours... Toutefois, au moment de voir trancher ses jours Dans ce dernier combat où l'entraîne la gloire , Je crains également sa mort ou sa victoire. Je crains que, des Troyens relevant tout l'espoir. Il ne m'ôte à jamais le bonheur de le voir...

{à part.) llion , à ton sort mes yeux donnent des larmes : Mais pardonne à l'amour c|ui cause mes alarmes ;

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