ACTE m, SCÈNE IV
Frémissant du péril où j'allois vous plonger...
MAHOM ET
Je frémis de l'affront, et non pas du danger.
C'est Mahomet! c'est moi qu'un esclave menace!...
Vous gémissez, Irène! épargnez-moi de grâce;
Vous m'outragez : trembler, ou pour vous ou pour moi ^
N'est-ce pas m'accuser de foiblesse ou d'effroi?
Ah 1 loin d'aigrir mon cœur par ce nouvel outrage,
Songez que le calmer fut toujours votre ouvrage :
Méprisez, comme moi, des esclaves jaloux.
Et n'armez point contre eux l'amour et le courroux.
IRÈNE
Moi, seigneur, moi, contre eux armer votre colère! Épouse de leur roi, ne suis-je pas leur mère? Que ne peut mon hymen, ce lien si flatteur. De Hunivers entier assurer le bonheur ! Je ne crains point pour vous leur téméraire audace, Je ne crains point pour moi leur frivole menace; Je ne crains que pour eux ces foudroyants éclats Que votre cœur enfante, et ne maîtrise pas. Moi contre eux élever mes plaintes dangereuses ! Périssent à jamais ces beautés malheureuses Qui, loin de tempérer les rigueurs du pouvoir. Des peuples suppliants osent trahir l'espoir; Qui , pouvant au pardon déterminer un maître , Aiment mieux par ses coups le faire reconnoître ! Non , seigneur, non , jamais Tie daignez m'écouter. Si jamais à punir j'ose vous exciter.
mahom'et.
Irène , de mon cœur soyez toujours maîtresse;
a56 MAHOMET SKCONI).
Mais lie le portez |i()iiit jusqucs à la foiblesse : Souffrez 4110, (juoi <|u'ici vous m'osiez demaiuler, J'a()j)reiioe ù ])ar(loiiiier , ut non pas à céder. Je confirme à jamais les dons que sur Ityzance, Que sur tous vos chrétiens a versés ma clémence; Jf'X quant à notre hymen, c'est aux youx du soldat, c'est dans mou camp qu'il faut en transporter l'éclat. Oui, je veux, pour témoins d'une union si belle , Mes jieuples, mon armée , et les yeux du rebelle, 'i'aiit qu'aux regards d'un maître il craindra de s'offrir, .!e le puis ignorer, mais non pas le scjuffrir; .s'il paroit, à la mort rien ne peut le soustraire. <^u'il Hechisse, il vivra. Ce n'est point la colère. C'est la seule équité qui dicte cet arrêt, l't l'amour lui veut bien céder son intérêt; Mais après le serment qui nous joint l'un à l'autre, Pour le rompre il n'est plus que ma mort ou la vôtre.
I II i;n i;.
C'en est fait; mon amour jierd sa timidité : Je brave les clameurs du soldat irrité; De ses emportements j'ai pénétré la cause; Et le remède est sûr, puisque Irène en dispose. Pour apaiser enfin vos jieuples offensés , Je puis mourir pour vous, seigneur; et c'est assez... Mcds mon père est absent. Je ne suis point tranquille. Ce palais dans mes bras lui présente un asile. Il tarde trop long-temps; je cours le rappeler. Près de vous, près de lui qui pourra me troubler? Ln cessant de trembler pour deux têtes si chères.