ACTE III, SCÈNE VIII
On dit, vil délateur, qu'aux mains les plus sinistres Tes conseils ont livré de fidèles ministres ; On dit que, de ses feux timide approbateur. Tu nourris du sultan la criminelle ardeur. Si tes jours te sont chers, garde-toi de produire Cet ordre humiliant dont tu n'oses m'instruire. Aux yeux de nos soldats crains de te présenter, Sans savoir nos projets , sans les exécuter.
l'aga.
J'ignore vos projets , j'ignore quels ministres Mes discours ont livrés aux maux les plus sinistres, .l'ignore que l'armée en tes mains m'ait proscrit ; Mais je n'ignore plus le traître qui l'aigrit.
LE visi R.
Et quel est-il ?
î/aga.
C'est toi.
LE VI SIR
Pourquoi m'appeler traître?
Je soutiens mieux que toi la gloire de mon maître. Aux conseils de l'amour l'empêcher d'obéir. Le rendre à sa grandeur, est-ce là le trahir?
l'aga. Quel es-tu pour vouloir dans le cœur de ton maître Forcer les passions à naître, à disparoître? Quel es-tu pour oser de sa gloire , à ton gré , Déterminer l'objet et marquer le degré?
LE VISIR
Quel je suis? Apprends donc, puisqu'il faut t'en instruire. Qu'un visir est l'app»!! , le salut d'un empire.
a64 MAHOMET SECOND.
L'oracle Ae YèUit, l'instriiniont de la loi, L'œil, la voix, le {jénie el le bras de son roi. Cette [Kirt du pouvoir où I'oji nous associe N'est jilus au souverain dès (|u'il nous la confie; Et souvent , au besoin, ce sentit le trahir Que même contre lui ne nous en pas servir. Elle est entre nos mains, ;ifiii que l.i prudence, A l'abri du respect , subjugue la ])uiss.uice; Et nous devons enfin forcer les souverains A vouloir leur bonheur et celui des humains.
Je ne .suis qu'un sohJat, et de mon ignorance Un visir voudra bien me pardonner l'offense. J'avois cru qu'un ministre appelé par sou roi Lui devoit plus qu'un autre et son zélé et sa foi ; Que [)lus il approchoit du sacré diadème. Plus sa soumission en devoit être extrême; Et qu'un trait réfléchi du suprême pouvoir En effrayant son cteur y fixoit le devoir. J'ai cru que tout sujet dont l'insolente audace A côté de son prince osoit marquer sa place N'étoit plus qu'un rebelle, un perfide, un ingrat, La honte de son maître , et l'effroi d'un état. J'ai cru que, sans respect re;;arder la couronne, C'étoit anéantir l'eol.it qui l'environne; Et qu'à quelque degré qu'on en puisse approcher, c'étoit la profaner que d'oser y toucher. Ah ! ne te couvre plus d'un zèle qui m'irrite; J'entrevois les projets que ta fureur médite. Trop sûr qu'à tes com|)lots j'opposerois mon bras.