ACTE V, SCENE III. a
(à part.) Un projet... Non; cruels! vous l'espérez en vain. Non : ma fureur s'attache à de moindres victimes; Et j'irai par degrés jusqu'au dernier des crimes. Oui, vous périrez tous; et de ce crime, au moins, Ceux qui l'auront causé ne seront pas témoins.
J'ai prévu les combats que te livre la gloire. Ton cœur, trop foible encor, balance la victoire. Je viens t'aider. Pour rompre un lien plein d'appas, Ce que peut ton esclave est de t'offrir son bras.
MAHOMET, <i part.
Quels sujets, juste ciel , m'a soumis ta colère! Tel est des musulmans l'effrayant caractère : Dans le sang le plus pur ardents à se plonger. Montrez-leur la victime , ils courent l'égorger. Admirateurs outrés d'une valeur farouche, La vertu , la pitié , l'amour, rien ne les touche. S'ils ne craignent leur maître, ils le feront trembler; Et pour les commander il faut leur ressembler... Eh bien, cruels ! eh bien ! il faut vous satisfaire; Il faut être parjure, impie, et sanguinaire. Détester l'innocence, abjurer la vertu... Ah ! le ciel t'a donné le prince qui t'est dû, Peuple ingrat! J'ai voulu régner en juste maître : Il te faut un tyran ; sois content, je vais l'être.
Quoi donc! à l'amour seul borner tous ses désirs. Quoi ! dormir sur un trône entouré de plaisirs. Parer ses mains d'un sceptre, et, méprisable idole,
•j84 mahomkt skconu.
D'un peuple cliJs.-imK! boiri- rcnceiis frivole,
Quoi! c'est doiu: lu r<'(;iiLT? Ah! (|u'estK;c (juc j'entends?
Ce n'est point pour ivjjner que n.iisseut les sultans.
Depuis que tes aïeux, du t'ouil de la Scytliie,
Fiers entants de la jjuerre, ont inondé l'Asie,
Aucun d'eux n'a ré{;ué , tous ils ont triomphé-
Vois jiar eux des soudans le [jouvoir étouffé,
Par eux l'Assyrien chasse de Baliyloue,
L'efféminé Persan renversé de son trône,
Le Caraman vaincu, le Bulgare asservi,
Le Hongrois abaissé , le Thrace anéanti.
Ils régnoient tous, ces rois que leur valeur écrase;
De leur trône abattu l'équité fut la base :
L'amour, ainsi qu'au tien, siégeant à leur côté,
Leur mollesse usurpoit le nom de majesté.
Ah! lorsque dans ces murs, thé.Ure de ta gloire.
Ton intrépidité conduisit la victoire,
Lorsque ton bras puissant, foudroyant ces remparts,
Abattit et saisit le sceptre des Césars,
Ali ! tu régnois alors ; et , si j'ose le dire ,
Plus que tous tes aïeux tu méritois l'empire.
L'univers consterné, présagCvint ta grandeur.
Déjà tendoit les mains aux fers de son vainqueur.
Quel changement, ô ciel!... J'en appelle à toi-même :
Mahomet peut tout vaincre, et que fait-il? il aime...
Je me tais : mon audace a mérité la mort;
Mais, puisqu'on me pardonne, on cède à mon trau.sport.
MAHOMET
Cesse, et n'ajoute rien à ma doidear profonilc. Tu me formas , cruel , pour le malheur du luonde: