‹ Chefs-d'œuvre dramatiques de Lefranc de Pompignan, Guyot de Merville, Pont de Veyle, et LanoueChapitre 238 sur 279 · SCÈNE l · texte numérisé non relu

SCÈNE l

ORPHISE, CLn ANDRE.

Eh bien! mon cher Clitandre, est-ce en vain que j'espère Et ma Julie encor peut-elle vous déplaire?

CLITANDUE.

Madame, trouvez bon que, fuyant à propos,

Je ne m'expose plus à perdre mon repos.

Votre nièce m'attaque avec trop d'avantage,

Et risquer tout pour rien n'est pas d'un homme suyi-

ORPHISE, riant.

Clitandre , vous rêvez.

CMTANDRE.

Non ; c'est la vérité :

Jamais d'un trouble égal je ne fus agité.

ORPHISE

Quoi donc! l'aimeriez-vous?

CLITANDRE

Je ne sais; mai», madame , Je ne veux plus avoir à disputer mon ame. Le dangereux objet! et quelle habileté A mesurer l'effort à la difficulté!

Son manège attrayant vous tourne, vous épie; Applaudit quelquefois , plus souvent contrarie : Elle vous fuit, vous cherche , et s'apaise, et s'aigrit; Sans relâche elle occupe et le cœur et l'esprit : Unissant avec art le dépit, la tendresse, La bouche vous maltraite, et son œil vous caresse. Vous la voyez souvent, par un détour adroit, Rire dans sa fureur, s'irriter de sang-froid; Maîtresse du moment, tantôt brillante et vive, Elle enchante, ravit; tantôt douce et naïve. Sa grâce au fond du cœur porte le sentiment , Sa perfidie a l'air d'au tendre épanchement; En passant par ses yeux, la noirceur, l'imposture, Prennent l'expression de la simple nature. Oui, madame, vingt fois j'ai pris pour vérité Ce qui n'étoit qu'un jen , qu'un amour imité; Vingt fois j'ai repoussé la triste certitude Que tout cela n'étoit qu'un fruit de son étude; Mon cœur en sa faveur vingt fois s'est gendarmé , Et même en ce moment à peine est-il calmé.

ORPHISE

Oui, pour vous vaincre elle a déployé tous ses charmes;

Elle s'est présentée avec toutes ses armes ,

Elle vous a traité comme un digne ennemi :

Mais ses propres efforts 1 ont vaincue à demi.

Où vous avez cru voir de l'art, de l'imposture,

Croyez-moi, vous deviez n'y voir que la nature :

Sa vanité parloit , vous en sentiez les coups ;

Sa fierté succomboit, son cœur voloit vers vous;

Elle s'en indignoit bientôt , mais sa colère

i'ii LA COQUETTIC COIlRIGF'r..

N'i'loil qu'un repentir iravoiii-té sincère. Ce choc de sentiments , cet art si compliqué , .Sii|)pose/.-la sensiltle, et tout est expliqué.

C L I T A M U il E.

Non , ne supposons rien , niadanic , je vous prie ; Souffrez que prudemnieni je quitte la partie.

o 11 i> Il I s F..

Clitandre, encore un coup, fiez-vous-cii a moi; Son j)eiichant se déclare; et c'est de jjonne foi Que je la garantis vaincue, humiliée.

Je la cunnois; mes soins l'ont tant étudiée ! A-t-elle pu cacher ses mouvements confus* Ne nous a-t-elle pas dix fois interrompus? Quand de vos entretiens j'abrégeois l'intervalle, N'ai-je pas entrevu l'aigreur d'une rivale? Quand tout-à-l'heure encor je vous ai fait sortir, Son dépit à mes yeux s'est-il pu démentir? De notre tète-à-téteà présent inquiète.

Elle hâte son monde , et presse la retraite; Un instant va la voir arriver sur nos pas : Qu'est-ce que de l'amour, si cela n'en est pas? Allons, que mon es[>oir, Clitandre, \ous ranime

CLIr ANDR K.

De ce frivole espoir serois-je la victime, La fuir, il n'est ]))us temps. Ah ! que n'ai-je évite Ce cruel end^arras où vous m'avez jeté! Ai<lez-moi donc du moins.

OR PHISE.

c'est a quoi je lu apprête.

Touriuentez bien son cœur, j attaquerai sa létc.

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