‹ Chefs-d'œuvre dramatiques de Lefranc de Pompignan, Guyot de Merville, Pont de Veyle, et LanoueChapitre 251 sur 279 · ACTE III, SCÈNE V. .rSy · texte numérisé non relu

ACTE III, SCÈNE V. .rSy

Ne peut-on vous avoir sans votre gouvernante?

JULIE

Mais la décence...

LE MARQUIS

Encore? Ou n'y peut plus tenir, Et ce terme est ignoble, à faire évanouir. Laissez là pour toujours et le mot et la chose. Savez-vous Lieu qu'à tort votre nom en impose? Par un début d'éclat vous nous éblouissez : Rien ne résiste à l'air dont vous vous annoncez. « Des cœurs et des esprits voilà la souveraine ; « Scrupules, préjugés , dit-on, rien ne la gêne. " Point : ce sont des égards , de la discrétion ; Une tante par-tout qui nous donne le ton; Après six mois d'épreuve, on dit rfecence encore. Oh ! parbleu ! finissez, ou je vous déshonore.

JULIE

Mais que voulez-vous donc?

LE MARQUIS

Que vous fixiez les yeux Par quelque bon éclat; et qu'en attendant mieux Vous rompiez dès ce jour tout net avec Orphise. Qu'avez-vous fait encor, parlez avec franchise. Qui puisse parmi nous vous faire respecter? Quelques discours malins... qu'on n'ose plus citer; Des billets malfaisants, d'innocentes ruptures. Des traits demi -méchants, quelques noirceurs obscures; Du bruit tant qu'on en veut , point de faits ; du jargon , C'est bien ainsi ^ vraiment, que l'on se fait un nom. Décidez-vous, vous dis-je, ou je vous abandonne

358 LA COQUF.TTK COUUlGl!;!'.

Quitter, eu la brus(|tinii(, une tante si lionne! Non, marquis; cv seroit un; donner un travers.

Tant mieux : il vous en faut, j u M K.

Pour le coup je m'y iiercis Quoi! vou.s voudriez....

L1-; M A1U.JU is.

Oui. Sachez, (pioi qu'on en ylose Qu un travers est, madame, une Fort bonne chose. En être indépenilaut, ne vivre que pour soi; Du vuljjaire idiot se soumettre la loi; Braver également la louauje ou le bhlme; C'est étendre à bon droit les ressorts île son ame. Laissons-la librement s'égarer et courir; Son vol nous conduira sûrement au plaisir. Laissons aux sots l'erreur de gêner leur allure; Qu'importe autour de nous qu'on approuve ou censure? Des discours valent-ils qu'on contraigne son goût? La noble indifférence est au-dessus de tout: Au pied de ses autels enchaînons la contrainte, Les préjugés, les bruits, et la honte, et la crainte : IjCS lois, puis nos désirs , et rien après cela : Tout ce qui plaît est bien; il faut s'en tenir là.

JULIE

Vous donnez au devoir, marquis, peu d'étendue. Peut-être est-ce bien fait; mais mon ame est imbue De certains sentiments, jiréjugés, j'en conviens; Mais qui sèchent le fruit de tous vos entretiens.

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