‹ Chefs-d'œuvre dramatiques de Lefranc de Pompignan, Guyot de Merville, Pont de Veyle, et LanoueChapitre 27 sur 279 · SCENE l · texte numérisé non relu

SCENE l

lARBE, MADHEKBAL.

Non ; tu combats en vain l'amour qui me possède ;

Une prompte vengeance en est le seul remède.

J'estime tes conseils, j'admire ta vertu;

Sous le joug, malgré moi, je me sens abattu.

Je vois ce que mon rang me prescrit et m'ordonne.

Un e\cès de foiblesse est indigne du trône :

Je sais qu'un souverain , un guerrier tel que moi.

N'est point fait pour céder à la commune loi;

Qu'il faut, loin de gémir dans un lâche esclavage,

Que sur ses passions il règne avec courage ;

Et qu'un grand coeur enfin devroit toujours songer

A vaincre son amour plutôt qu'à le venger.

Sans doute, et de mes feux je dois rougir peut-être;

Mais la raison nous parle, et l'amour est le maître...

Que sais-je ! la fureur ne peut-elle à son tour,

Dans un cteur outragé succéder à l'amour?

Ou si je veux en vain surmonter sa puissance,

Du moins l'heureux succès d'une juste vengeance

Adoucira les soins qui lioublent mon repos;

<r, m DON.

l'.t c'est toujours un bien que de veii^jer ses maux.

M A un En n A I..

Je vous plains d'autant plus que votre civnr lui-même, Seigneur, paroit jjemir de sa foiblesse extrême. Ah ! si votre ame en vain tâche de se guérir, Si vos propres malheurs ne servent qu'à l'aigrir, Brisez avec fierté de rigoureuses chaînes ; Mais n'intéressez point votre gloire à vos peines... Les refus de la reine ofFensent votre honneur! Ils arment vos sujets! Non, je ne puis, seigneur. Dans de pareils transports vous Hatter ni vous croire. Qu'a de commun enfin l'amour avec la gloire? Kt le refus d'un cœur est-il donc un affront Qui doive d'un héros faire rougir le front? Songez...

lARBE, l'interrompant.

J'aime la reine; un autre me l'enlève.

Ah ! s'il faut, malgré moi , que leur hymen s'achève , Je ne souffrirai pas qu heureux impunément Ils insultent ensemble à mon égarement...

{ à part. ) A quoi me réduis-tu, trop cruelle princesse ! Tu sais comme mon cœur, tout plein de sa tendresse, Veuoit avec transport offrir à tes appas Un secours nécessaire à tes foibles états. J'ai voulu contre tous défendre ton empire ; Et tu veux me forcer, ingrate, à le détruire!

M A DH ERB A r..

Eh bien ! suivez, seigneur, ce courroux éclatant , Et d'un condiat .iffrei'.x précipitez l'instant.

ACTi; m, SCÈNE I.

Baignez-vous dans le sang, frappez votre victime, En amant furieux plus qu'en roi magnanime. C'est aux dieux maintenant d'è;re notre soutien. Je vois sans en frémir son d^inger et le mien ; Avec la même arileur, avec le même zèle Que j'ai parlé jiour vous, je périrai pour elle ; Et l'univers peut-être, instruit de ses douleurs, Condamnera vos feux , et plaindra ses malheurs.

Eh ! que m'importe à moi, ce fri\ole muriuure.

Pourvu que ma vengeance efface mon injure?

îNon, non; d'une maîtresse adorer les rigueurs,

Ménager son caprice et respecter ses pleurs,

C'est le frivole excès d'une pitié timide ,

Et qui n'entra jamais dans le cœur d'un Numide.

.l'exciterai, dis-tu, l'horreur de l'univers:

Eh ! crois-tu que le dieu qui tonne dans les airs

Souffre sans éclater qu'une femme étrangère

Au sang de Jupiter indignement préfère

Un transfuge échappé des Lords du Siiiio'is ,

Qui n'a su, ni mourir, ni sauver son pays,

Et qui n'apporte ici, du fond de la Phrygie,

Que les crimes de Troie et les mœurs de l'.Asie?

J'en atteste le dieu dont j'ai reçu le jour !

Ces superhes remparts, témoins de mon amour.

Ces lieux où, dévoré d'une flamme trop vaine,

J'ai moi-même essuyé les refus de ta reine ,

Ne me reverront plus que, la flamme à la main ,

Jusque dans ces palais me frayer un chemin.

J'assemltlerai , s'il faut, tuiite l'Ethiopie;

{S DIDON

Dans ses iléserls Itrùlanis j';iriuerai l;i Niibif; Des |)i;ii[)les inconnus suivront mes eteiuiiinls ; Lin ilelufje (le (vu ceux rira vos remparts; Kl si ce n'est assez pour les réduire en pondre. Mes cris iront aux cieux, et j'ai pour moi la foudre.

( // sort. )

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