‹ Chefs-d'œuvre dramatiques de Lefranc de Pompignan, Guyot de Merville, Pont de Veyle, et LanoueChapitre 38 sur 279 · ÉNÉE, ACHATE · texte numérisé non relu

ÉNÉE, ACHATE

ACHATE

(« part. ) (à Enée. )

Dieux! le permettrez-vous?... Seigneur, votre |)réseatc Me rend tout à-la-fois la \ie et l'esiiérauce. Vos vaisseaux séparés couvrent déjà les mers ; Les cris des matelots font retentir les airs; Un jour plus pur nous luit, et le vent nous seconde. Hâtons-nous. Vos soldats, prêts à voler sur l'onde, De leur chef, en secret, accusent la lenteur.

ÉNÉE

J'ai vu la reine, Achate, et l'amour est vainqueur!

ACHATE

Que dites-vous? L'amour?... Ah ! je ne puis vous croire. Non, l'amour n'est point fait pour étouffer la gloire. Elle parle, elle ordonne ; il lui faut obéir : Ce n'est pas vous, seigneur, qui devez la trahir.

ÉNÉE

Je n'ai que trop prévu ta plainte et tes reproches: Ton maître en ce moment redoutoit tes approches. . Mais que veux-tu? l'amour fait taire mes remords, Et dans mon cœur trop foihle il brave tes efforts. Cependant, tu le sais, et le ciel qui m'écoute yïa vu sur ses décrets ne plus former de doute , lienoncer à Didon , lui venir déclarer Qu'enfin ce triste jour nous alloit .séparer, A ses premiers transports deraciirer inflexible.

i( DIDON.

\U |>:iroitrc li.irl>;nc ^iiitiiil qinîllc est sciisiliii:. ■if cdiiUMiuis mes feux |ir(:ts à se soulever. I.e dessein étoit |>ris... Je n'ai pu l'acliever; lit je ne puis encor, tout plein de ce que j'aime, llappeler ce projet sans m'accuser nioi-nu^nie... Je courois vers Didon , quand tes eniiiressements Coiunienroient d'attester la foi de mes serments. Que ni'iniportoit alors une vaine promesse? Je tremblois pour les jours de ma chère princesse. Quel s|)ectacle, jjrands dieux ! quelle horreur! quel effroi ! Tout regrettoit la reine et n'accusoit qu(? moi. Je ne puis sans frémir en retracer l'imaije. Mon ame de ses sens avoit perdu l'usafje; .Son front pâle et défait, ses yeux à peine ouverts. Des ombres de la mort sembloient être couverts. Cependant sa douleur et ses vives alarmes Doniioient de nouveaux traits à l'éclat de ses charmes, Et jusque dans ses yeux, mourants, noyés de pleurs, Je lisois son amour, mon crirae et ses malheurs!... ^Mais bientôt, ses transports succédant au silence. Je n'ai pu de mes feux vaincre la violence : Je n'en saurois rougir; et tout autre que moi D'un si cher ascendant auroit subi la loi. Lorsqu'une amante en pleurs descend à la prière, C est alors qu'elle exerce une puissance entière; Et l'amour qui gémit est plus impérieux Que la gloire, le sort, le devoir, et les dieux.

ACHATK.

Qu'cntends-je?.. Kst-il bien vrai?., Quelle foiblesse extrême ! Quoi ! l'amour?. . Non, .seigneur, vous n'êtes plus vous-même.

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