DIDON, ÉNÉE
Dl DON
Non, non; je leur pardonne; oublions leur offense : Ils siiivoient un faux zélé, et , loin de vous trahir, A vos ordres peut-être ils croyoient obéir... Hélas ! c'est la pitié qui seule vous arrête : Vous couriez les rejoindre et la flotte étoit pi'ête...
(à part.) O douleur! ô foiblesse! ô triste souvenir... De mon saisissement je ne puis revenir...
(à Enée. ) Ma force et ma raison m'avoient abandonnée , Des portes de la mort vous m'avez ramenée... Élise m'a parlé, seigneur... Si je l'eu crois. Mon ame sur la vôtre a repris tous ses droits... Cher prince ! contre vous mon cœur est sans défense ; Dans les illusions d'une vaine espérance Vous pouvez, d'un seul mot, sans cesse m' égarer : Mon sort est de vous croire et de vous adorer.
ÉNÉE
Vous ne régnez que trop sur mon ame éperdue !
.l'obéissois aux dieux... Mais je vous ai revue;
Mon amour à vos pleurs les a sacrifiés,
Et je suis, malgré moi, sacrilège à \os pieds...
Mais quel sera le fruit d'un excès de foiblesse?
Les dieux triompheront, s'ils combattent sans cesse.
r.o ni DON.
Maîtres (le nos dpstins pt de nos cœurs .
I) I \)0 \ . Viutrnitiiijiniit.
.l'cnteiKlf;, l".t ma f(nieslc errcnr a dure trop lotijj-temps. Je le vois, l'espérance est trop prompte à renaître... Mes yeux s'ouvrent, seigneur; et je dois vous connoître. D'un amour malheureux j'ai pu sentir les coups; Mais pouvois-jc exiger qu'un guerrier tel que vous, Qu'un héros tant de fois utile à la l'hrygie. Qui doit vaincre et régner, au péril de sa vie, Dans la cour d'une reine abaissât son granil coeur Aux serviles devoirs d'une amoureuse ardeur?... t)idon, en vous aimant, sait se rendre justice. Je ne méritois pas un si grand sacrifice. Vos desseins par mes pleurs ne sont plus balancés Vos feux et vos serments par la gloire effacés...
É N É E , l'interromptint.
Quoi? toujuus ma tendresse est-elle soupçonnée^
DIDO.N
Vous voulez me quitter... vous le voulez, Énée: Je le sens, je le vois, et je ne prétends plus Tenter auprès de vous des efforts superflus... Mais, avant que ce jour à jamais nous sépare, Considérez, du moins, les maux qu'il me prépare, larbe... hélas! seigneur, combien je m'abusois! larhe a su, par moi , que je vous épousois : Il l'a cru. Les flambeaux, les chants de l'hyménée, Kn ont instruit Cartilage el l'.Afrique indignée... Étrangère en ces lieux , sans espoir de secours, Je vois ce roi j-iloux armé contre mes jours;