SCÈNE IV
MADHERBAL, DIDON, ÉLl.SE, BARCÉ.
D 1 D 0 N , à Madherbai.
Que venez-vous enfin m'annoncer?
MADHERBAL.
La victoire.
Ce jour vous rend le trône et vous couvre de gloire. Pendant que l'ennemi, plongé dans le sommeil, Kenvoyoit son attaque au lever du soleil,
7«) DinoN.
Le liiTos lies Troyeiis rassemble nos coliorlcs.
Leur j)ar!e (!ii (>eii de mots, et t'ait ouM-ir les portes.
Les feux des Africains nous servent de ilanibeuux;
On invoijue les dieux et l'on suit ses drapeaux.
Nous uiarchons. l^c soldat, que lu vengeance entraîne^
Se dévoue à la mort, et jure |iar sa reine.
Nous arrivt)ns aux lieux où de sombres clartés
(Juidoieut vers l'eunemi nos pas précipités.
Aussilùt le sijnal vole île bouche en bouche j
On observe en frappant un silence f iroiiche.
Le sable est abreuvé du sang des Africains ;
La nuit et le sommeil les livrent d.ins nos mains.
La mort couvre leur camp de ses voiles funèbres;
Lt le ciel , obscurci |)ar d'épaisses ténèbres.
Ne retentit encor, dans ces mouients il'borreur.
Ni des cris des mourants, ni des cris du vain(|iieur.
Cepeiulant on s'éveille : on crie; on prend les armes;
larbe court lui-même au bruit de tant d'alarmes.
Il arrive; il ne voit que des gardes errants.
Des soldats massacrés , l'un sur l'autre expirants;
Et par-tout ses regards trouvent l'affreuse image
D'une défaite entière et d'un vaste carnage.
A ce triste spectacle il frémit de courroux ,
Et vole vers Knée à travers mille coups.
Les combattants surpris , reculant en arrière ,
Autour de ces rivaux forment une barrière.
Ils fondent l'un sur l'autre; ils brûlent de fureur
Et disputent long-tem[)S d'adresse et de valeur.
Mais le dieu des combats régie leur destinée;
larbe enfin chancelle et tombe aux pieds d'Énéc.