‹ Chefs-d'œuvre dramatiques de Lefranc de Pompignan, Guyot de Merville, Pont de Veyle, et LanoueChapitre 55 sur 279 · ACTE V, SCÈNE IV · texte numérisé non relu

ACTE V, SCÈNE IV

Et moi je te déclare une guerre immortelle.

Mon peuple héritera de ma haine pour toi ;

Le tien doit hériter de ton horreur pour moi.

Que ces peuples , rivaux sur la terre et sur l'onde ,

De leurs divisions épouvantent le monde;

Que pour mieux se détruire ils franchissent les mers;

Qu'ils ne puissent ensemble habiter l'univers;

Qu'une égale fureur sans cesse les dévore;

Qu'après s'être assouvie elle renaisse encore;

Qu'ils violent entre eux et la foi des traités,

Et les droits les plus saints et les plus respectés;

Qu'excités par mes cris les enfants de Carthage

Jurent dès le berceau de venger mon outrage;

Et puissent , en mourant , mes derniers successeurs

Sur tes derniers neveux être encor mes vengeurs '

ÉLISE

Quels vœux! quelle fureur, et quels transports de haine! Cachez des mouvements peu dignes d'une reine. Au sein de la victoire oubliez vos revers.

DIDON

Ma honte et mou amour remplissent l'univers... J'en rougis... Il est temps que ma douleur finisse ; Il est temps que je fasse un entier sacrifice, Que je brise à jamais de funestes liens... Le ciel en ce moment m'en ouvre les moyens...

( à part. ) Témoins des vœux cruels qu'arrachent à mon ame La fuite d'un parjure et l'excès de ma flamme , Coiitre lui , justes dieux , ne les exaucez pas...

74 DIDON

( Elle se frappe cCun poignard , et se lue.) Mourons... A cet ingrat pardonne/, mon tii'|>as.

F. I. iSK, à part .

Ah ciel !

B A ncK, « pari.

Quel désespoir !

MADHERBAL.Ù part.

O fatale tendresse!

D I D 0 N , ù tous les trois.

Vous voyez ce que peut une aveujjle l'oibles.se : Mes malheurs ne pouvoient finir que par ma mort...

{à part.) Que n'ai-je pu, grands dieux, maîtresse de mon sort , Garder jusqu'au tombeau cette paix innocente Qui fait les vrais plaisirs d'une ame indifférente ! J'en ai goûté long-temps les tranquilles douceurs... Mais je sens du trépas les dernières langueurs... Et toi, dont j'ai troublé la haute destinée , Toi qui ne m'entends plus, adieu, mon cher Énée ! Ne crains point ma colère... elle expire avec moi , Et mes derniers soupirs sont encore pour toi. ( Elle tneurt.)

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