SCENE I
CLÉANTE
Vous n'aurez pas la peine de l'aller chercher. Je sais, de bonne part, qu'il doit vous venir voir aujourd'hui. Il ne tardera pas. J'appréhendois même qu'il ne m'eût devancé. L I s I M O N.
Le bon homme cherche à évaporer sa bile. Je m'y attends. Je vous promets de mettre tout en œuvre pour vous réconcilier avec lui ; mais je ne vous réponds pas du succès de mes soins , car il est terriblement entêté.
CLÉANTE
Il m'est venu une idée dont je crois la réussite infaillible, dès que vous voudrez bien nous seconder, comme vous m'en flattez. Je ne juge pas à propos de paroître devant lui. Outre qu'il me l'a défendu expressément, ma vue ne feroit qu'augmenter sa colère. Il s'agit de me justifier, et il n'y a que le mérite de Clarice qui puisse produire cet effet. Je voudrois donc qu'il la vît, mais sans savoir qu'elle est ma femme, afin qu'il l'examinât sans prévention. Encore une fois, j'ose m'assurer que, s'il la connoissoit, il approuveroit notre mariage.
LISIMON.
Fort bien. Je lui dirai que c'est une de mes parentes.
«« LE CONSENTIiiMEKT FOUCE
OLÉANÏt.
Votre nièce, par exemple.
Encore mieux. Votre père sait que j'en ai une en province; niai.s il ne l'a jamais vue. c l. É A N ï E.
Que je vous ai d'obligation ! Je ne puis vivre heureux sans la possession de Clariee; mais je ne puis l'être aussi sans l'amitié de mon père.
LISIMON.
Ne nous arrêtons pas ici davantage. Je rougis de la laisser seule si long-temps.
CLÉANÏE.
Elle est dans la <'harnbre voisine, et je cours la chercher.
LISIMON.
Je vous suis. Je veux l'aller recevoir. (Ils vont ensemble au fond du théâtre, et reparaissent aussitôt avec Clariee. )