‹ Chefs-d'œuvre dramatiques de MarivauxChapitre 166 sur 329 · ACTE II, SCÈNE X · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE X

DUBOIS

Comme je te bàtonnerois, sans le respect de madame !

Arrive, arrive, la voilà madame.

Quel sujet avez-vous donc de quereller? De quoi s'agit-il?

MUie ARGANTE.

Approchez, Dubois. Apprenez-nous ce que c'est que ce mut que vous diriez contre Dorante; il seroit bon de savoir ce que c'est.

Prononce donc ce mot.

Tais-toi, laisse-le parler.

DUBOIS

Il y a une beure qu'il me dit mille invectives, madame.

LUBIN

Je soutiens les intérêts de mon maître, je tire des gages pour cela, et je ne souffrirai pas qu'un ostrogoih menace mon maître d'un mot ; j'en demande justice à madame.

M™e AROASTE.

Mais, encore une fois , sachons ce que veut dire Dubois par ce mot : c'est le plus pressé.

25o LES FAUSSES CONFIDENCES.

LC BI>'.

Je lui défie d'en dire seulement une lettre.

DUBOIS

C'est par pure colère que j'ai fait cette menace, madame, et voici la cause de la dispute. En arrangeant l'appartement de monsieur Dorante, j'y ai vu par hasard un tableau où madame est peinte, et j ai cru qu'il falîoit l'ôter, qu'il n'avoit que faire là , qu'il n'étoit point de'cent qu'il y restât; de sorte que j'ai e'té pour le de'tacher: ce butor est venu pour m'en empêcher, et peu s'en est fallu que nous ne nous soyons battus.

Sans doute: de quoi t'avises-tu d'ôter ce tableau qui est tout-à-fait gracieux, que mon maître considéroit , il n'y avoit qu'un moment , avec toute la satisfaction possible? Car je l'avois vu qu'il l'avoit contemple' de tout son cœur. Et il prend fantaisie à ce brutal de le priver d'une peinture qui rcjouit cet honnête homme. Voyez la malice ! Ote-lui quelque autre meuble, s'il en a trop ; mais laisse-lui cette pièce, animal, nr BOIS.

Et moi, je te dis qu'on ne la laissera point, que je la détacherai moi-même, que tu en auras le démenti, et que madame le voudra ainsi.

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