‹ Chefs-d'œuvre dramatiques de MarivauxChapitre 210 sur 329 · SILVIA, LISETTE · texte numérisé non relu

SILVIA, LISETTE

SI L VI A

Mais encore une fois, de quoi vous mêlezvous? pourquoi répondre de mes sentiments?

LISETTE

C'est que j'ai cru que dans cette occasion- ci vos sentiments ressembleroient à ceux de tout le monde. Monsieur votre père me dî^mande si vous êtes bien aise qu'il vous marie, si vous en avez quelque joie ; moi je lui réponds que oui ; cela va tout de suite ; et il n'y a peut-être que vous de fille

5i6 LE JEU DE L'AMOUR ET DU HASARD.

au monde pour qui ce oui-là ne soit pas vrai : le

non n'est pas naturel.

Le non n'est pas naturel! Quelle sotte naïveté! Le mariage auroit donc de grands charmes pour vous?

LISETTE

Eh bien ! c'est encore oui, par exemple, s 1 L v 1 A .

Taisez-vous ; allez répondre vos impertinences ailleurs , et sachez que ce n'est pas à vous à juger de mon cœur par le votre.

Mon cœur est fait comrne celui de tout le monde ; de quoi le vôtre s'avise-t-i! de n'être fait comme celui de personne?

SILVIA

Je vous dis que, si elle osoit, elle m'appelleroit une originale.

LISETTE

Si j'étois votre égale, nous verrions.

StLVI A.

Vous travaillez à me fâcher, Lisette.

LISETTE

Ce n'est pas mon dessein. Mais, dans le fond, voyons, quel mal ai-je fait de dire à monsieur Orgon que vous étiez bien aise d'être mariée?

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