‹ Chefs-d'œuvre dramatiques de MarivauxChapitre 225 sur 329 · SCÈNE VII · texte numérisé non relu

SCÈNE VII

SiLVIA, DORANTE.

siLviA, à part.

Ils se donnent la comédie ; n'importe , mettons tout à profit; ce garçon-ci n'est pas sot, et je ne plains pas la soubrette qui l'aura ; il va m'en conter; laissons-le dire , pourvu qu'il m'instruise. DORANTE, à part.

Cette fille-ci m'étonne; il n'y a point de femme au monde à qui sa physionomie ne fît honneur : lions oonnoissance avec elle... (/jaitf.) Puisque

336 LE JEU DE L'AMOUR ET DU HASARD, nous sommes dans le style amical, et que nous avons abjuré les façons, dis-moi, Lisette, ta maîtresse te vaut-elle ? Elle est l)ien hardie d'oser avoir une femme de chambre comme toi.

SILVIA

Bourguignon, cette question -là m'annonce que, suivant la coutume, tu arrives avec l'intention de me conter des douceurs; n'est-il pas vrai?

DORANTE

Ma foi! je n etois pas veuu dans ce dessein-là, je te l'avoue; tout valet que je suis, je n'ai jamais eu de grandes liaisons avec les soubrettes : je n'aime pas l'esprit domestique ; mais à ton égard, c'est une autre affaire. Comment donc ! tu me soumets, je suis presque timide, ma familiarité n'oseroit s apprivoiser avec toi; jai toujours envie d'ôter mon chapeau de dessus ma tête; et quand je te tutoie, il me semble que je joue; enfin j'ai un penchant à te traiter avec des respects qui te feroient rire. Quelle espèce de suivante es -tu donc avec ton air de princesse?

s I LVI A.

Tiens, tout ce que tu dis avoir senti en me voyant est précisément l'histoire de tous les valets qui m'ont vue.

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