ACTE II, SCÈNE Vil. 36S
SILVIA
Finissez VOS portraits , on n'en a que faire; j'ai soin que ce valet me parle peu, et, dans le peu qu'il m'a dit, il ne m'a jamais rien dit que de très sage.
LISETTE
Je crois qu'il est homme à vous avoir conté des histoires maladroites, pour faire briller son bel esprit.
Mon déguisement ne m'expose-t-il pas à m'entendre dire de jolies choses? A qui en avez-vous? D'où vient la manie d'imputer à ce garçon une répugnance à laquelle il n'a point de part? car enfin vous m'obligez à le justifier; il n'est pas question de le brouiller avec son maître , ni d'en faire un fourbe, pour me faire, moi, upe imbécile qui écoute ses histoires.
LISETTE
Oh ! madame , dès que vous le défendez sur ce ton-là , et que cela va jusqu'à vous fâcher, je n'ai plus rien à dire.
SILVIA
Dès que je le défends sur ce ton-là ? Qu'est-ce que c'est que le ton dont vous dites cela vousmême? qu'entendez-vous par ce discours? que se
passe-t-il dans votre esprit ?
3e;(i LE JEU DE L'AMOUR ET DU HASARD.
MSETÏE.
Je dis, madame, cjue je ne vous ai jamais vue comme vous êtes, et que je ne conçois rien à votre aijjreur. Eh bien ! si ce valet n'a rien dit, à la bonne heure ; il ne faut pas vous emporter pour le justifier; je vous crois, voilà qui est fini; je ne m'oppose pas a la bonne opinion que vous en avez, moi.
Voyez -vous le mauvais esprit! comme elle tourne les choses ! Je me sens dans une indignation... qui... va jusqu'aux larmes.
En quoi donc, madame? quelle finesse entendez-vous à ce que je dis?
SILVI A.
Moi, j'y entends finesse! moi, je vous querelle pour lui ! j'ai bonne opinion de lui ! Vous me manquez de respect jusque-là? Bonne opinion, juste ciel! bonne opinion! Que faut-il que je re'ponde à cela ? Qu'est-ce que cela veut dire ? à qui parlez-vous? qui est-ce qui est à l'abri de ce qui m'arrive? où en sommes-nous?
LISETTE
Je n'en sais rien ; mais je ne reviendrai de longtemps de la surprise où vous me jetez.