ACTE m, SCÈNE II. SgS
DORANTE
Elle est si aimable qu'on auroit de la peine à ne lui pas parler d'amour.
MARIO
Comment reçoit-elle ce que vous lui dites?
Monsieur, elle en badine.
MARIO
Tu as de l'esprit : ne fais-tu pas l'hypocrite?
DORANTE
Non. Mais qu'est-ce que cela vous fait, supposé que Lisette eût du goût pour moi?
MARIO
Du goût pour lui ! Où prenez-vous vos termes? Vous avez le langage bien précieux pour un garçon de votre espèce.
DOR A>'*TE
Monsieur, je ne saurois parler autrement.
M ARIO.
C'est apparemment avec ces petites délicatesses-là que vous attaquez Lisette? Cela imite l'homme de condition.
Je vous assure, monsieur, que je n'imite personne. Mais sans doute que vous ne venez pas exprès pour me traiter de ridicule, et vous aviez
394 LE JEU DE L'AMOUR ET DU HASARD, autre chose à me dire ? Nous parlions de Lisette, de mon inclination pour elle, et de l'intérêt que vous y prenez,
MABIO.
Comment, morbleu! il y a déjà un ton de jalousie dans ce que tu me réponds? Modère-toi un peu. Eh bien! tu me disois qu'en supposant que Lisette eût du goût pour toi; après? n o n A N T E.
Pourquoi faudroit-il que vous le sussiez, monsieur?
Ah! le voici : c'est que,malgréletonbadinque j'ai pris tantôt, je serois très fâché qu'elle t'aimât ; c'est que, sans autre raisonnement, je te défends de t'adresser davanfa^je à elle: non pas dans le fond que je craigne qu*elle t'aime, elle me parolt avoir le cœur trop haut pour cela ; mais c'est qu'il me déplaît, à moi, d'avoir Bourguignon pour rival.
non A >• TE.
Ma foi ! je vous crois; car Bpurguignon , tout Bourguignon qu'il est, n'est pas même content que vous soyez le sien.
MARIO
Il prendra patience.