ACTE III, SCÈNE VIII. 4i
SILVI A.
Mais je pense , par exemple , que vous avez du dégoût pour la fille de monsieur Orgon.
nORANTE.
Ne voyez-vous que cela ?
SILVI A.
Il y a bien encore certaines choses que je pourrois supposer; mais je ne suis pas folle, et je n'ai pas la vanité de m'y arrêter.
DORANTE
Ni le courage d'en parler; car vous n'auriez rien d'obligeant à me dire. Adieu, Lisette.
Prenez garde ; je crois que vous ne m'entendez pas, je suis obligée de vous le dire, ï) o R A > T E.
A merveille ! et l'explication ne me seroit pas favorable: gardez-moi le secret jusqu à mon départ.
SILTIA.
Quoi! sérieusement, vous partez?
DORANTE
Vous avez bien peur que je ne change d'avis.
SILVI A.
Que vous êtes aimable d'être si bien au fait î
DOUANTE.
Cela est bien naïf: adieu. {Il s'en va.)
41 r» LE JEU DE L'AMOUR ET DU HASARD.
siLvi A, à part.
S'il part, je ne l'aime plus, je ne l'épouserai jamais... (^Elle le regarde aller.) Il s'arrête pourtant, il rêve, il regarde si je tourne la tête. Je ne saurois le rappeler, moi... Il seroit pourtant singulier qu'il partît après tout ce que j'ai fait... Ah! voilà qui est fini, il s'en va; je n'ai pas tant de pouvoir sur lui que je le croyais : mon frère est un maladroit ; il s'y est mal pris : les gens indifférents gâtent tout. Ne suis-je pas bien avancée? quel dénouement! Dorante reparoit pourtant; il me semble qu'il revient; je me dédis donc, je l'aime encore... Feignons de sortir, afin qu'il m'arrête : il faut bien que notre réconciliation lui coûte quelque chose.
DORANTE, r arrêtant.
Restez, je vous prie, j'ai encore quelque chose à vous dire.
SILVIA
A moi, monsieur?
DORANTE
J'ai de la peine à partir sans vous avoir convaincue que je n'ai pas tort de le faire.
SILVIA
Eh! monsieur, de quelle conséquence est-il de \ous justilicr auprès de moi? Ce n'est pas la