SCÈNE Mil
un mot, tous ces gens-là me déplaisent depuis le premier jusqu'au dernier; principalement lui, qui me reprochoit l'autre jour que nous nous parlions trop souvent tous deux , comme s'il n'ëtoit pas bien naturel de se plaire plus en votre compagnie qu'en la sienne. Que cela est sot !
LUCIDOR.
Si vous ne haïssez pas de me parler, je vous le rends bien , ma chère Angélique : quand je ne vous vois pas, vous me manquez, et je vous cherche.
ANGÉLIQUE
Vous ne cherchez pas long-temps , car je reviens bien vite, et ne sors guère.
Quand vous êtes revenue, je suis content. .
ANGÉLIQUE
Et moi, je ne suis pas mélancolique.
LUCIDOR.
Il est vrai; j'avoue avec joie que votre amitié répond à la mienne.
ANGÉLIQUE
Oui; mais malheureusement vous n'êtes pas de notre village , et vous retournerez peut-être bientôt à votre Paris , que je n'aime guère. Si j'ctois à votreplace, ilme viendroit plutôt «chercher, que je n'irois le voir.
Eh! qiCimporte que j'y retourne ou non , puisqu'il ne tiendra qu'à vous que nous y soyons tous deux ?
ANGÉLIQUE
Tous deux, monsieur Lucidor ? Eh mais ! contez-moi donc comme quoi.
LUCIDOR.
C'est que je vous destine un mari qui y demeure.
Est-il possible ? Ah çà ! ne me trompez pas , au moins , tout ie cœur me bat. Loge-t-il avec vous? LucmoR.
Oui, Angélique ; nous sommes dans la même maison.
ANGÉLIQUE
Ce n'est pas assez; je n'ose encore être bien aise en toute confiance. Quel homme est-ce?
LUCIDOR.
Un homme très riche.
ANGÉLIQUE
Ce n'est pas là le principal. Après?
LUCIDOR.
II est de mon âge et de ma taille.
ANGÉLIQUE
Bon! c'est ce que je voulois savoir.