ACTE III, SCÈNE XII. loy
LA M A RQ ri SE.
Hélas ! Lisette, on me persécute, on veut que je me marie.
LISETTE
Vous marier? A qui donc?
LA MAPQTJISE.
An plus haïssable de tous les hommes, à un homme que le hasard a destiné pour me faire du mal , et pour m'arracher malgré moi des discours que j'ai tenus sans savoir ce que je disois.
LISETTE
Mais il n'est venu que le comte.
Eh ! c'est lui-même. .
LISETTE
Et vous l'épousez?
LA MARQUISE
Je n'en sais rien ; je te«dis qu'il le prétend.
LISETTE
Il le prétend? Mais qu'est-ce que c'est donc que cette aventure-là? Elle ne ressemble à rien.
LA MARQUISE
Je ne saurois te la mieux dire. C'est le chevalier, c'est ce misanlhrope-là qui est cause de cela : il m'a fâché; le comte en a profité je ne sais comment; ils veulent souper ce soir ici; ils ont parlé de notaires, d'articles; je les laissois dire ;
iio LA SITRPRISE DE L'AMOUR.
le chevalier est sorti, il se marie aussi; le comte lui donne sa sœur ; car il ne lui manquoit qu'une sœur, pour achever de me déplaire,à cet hommelà...
LISETTE
Quand le chevalier répouseroit,que vous importe ?
LA MABQUISE.
Veux-tu que je sois la belle-sœur d'un homme qui m'est devenu insupportable?
Eh! mort de ma vie , ne la soyez pas; renvoyez le comte.
LA MARQUISE
Eh! sur quel pre'texte? Car enfin, quoiqu'il me fâche , je n'ai pourtant rien'A lui reprocher.
LISETTE
Oh! je m'y perds, medame, je n'y comprends plus rien.
LA MARIJUISE.
ISÎi moi non plus . je ne sais plus où j'en suis ; je ne saurois me démêler, je me meurs. Qu'estce que c'est donc que cet état-là ?
LISETTE
Mais c'est, je crois , ce maudit chevalier qui est cause de tout cela ; et pour moi je crois que cet homme-là vous aime.