‹ Chefs-d'œuvre dramatiques de Saintfoix, Gresset, et BretChapitre 123 sur 144 · M A RI M F · texte numérisé non relu

M A RI M F

Fh bieu! ii"a-l-U pas lort?

Il faut un àye mur , et j'en tombe d'accord. Je ne suis plus (>uur lui; (>eut-ètre il vous oublie : Et si vous m en croyez, il n'aura plus l'envie Ni même le pouvoir de retenir a vous.

On \ient de vous laisser le choix de votre epjux ; c'est vous veiifjer de lui que d'eu choisir un autre.

DOKISE.

Mon, je a'eu terai rien...

MARINE

Quel discours est le vôtre?

DORISE

Je suis sure qu'il m'aime ..

MAHI.N E

Et mais, sûre, pourquoi?

DORISE

C'est qu'il me l'a jure...

rlail-il*... \ vuus?...

DORISE

A moi...

MARINE

Vous lavez vu?...

DORISE

Sans doute : il m'a peint sa tendresse D une vivacité , d un transport , d'une ivresse ! Je ne connoissois pas cent choses avant lui.

Ah ! Marine , mon cœur s'est ouvert aujourd'hui.

MARINE

Je tombe de mon haut. Expliquez- vous de grâce, Car je vois quelque chose en ceci qui me passe; L'inconnu, dites- vous, vous a parlé d'amour?

DORISE

Oui, Marine...

MARINE

Comment , ce jour même?

DORISE

Ce jour.

MARINE

Et vous l'aimez?

DORISE

Marine, ai-je pu m'en défendre?

Et comment soutenir un regard aussi tendre! Un langage si doux....

MARINE

Je ne sais où j'en sui?...

{bas.) Et que va devenir l'amant que j'introduis? Vous riez?

DORISE

Oui, je ris d'embarrasser Marine, Elle qui passe ici pour adroite et pour fine.

MARINE

Et moi je ne ris point, et voudrois bien savoir Quand ce nouvel amaut a pu vous venir voir; Car je vous avertis que ce n est pas le mémi' l'our qui je \ous parlois...

Af'TI II, >CÈNK VI M. aa3

DORISE

Tu te truiu|»t.'s. et même Je n'ai vu cet amant si tendre qu'avec loi. Tu jMurrois eu a(]ir autrement avec moi , Kt je crois que d'abord je devois être instruite.

MARINE

l)e quoi parlei-xous donc ici?...

DOR ISE.

lie ta conduite.

Je vois bien que mon j>ère a la plus ;;rande part A l'iutri^^ue qu'ici tu conduis avec art : Mais jK)uvoi."»-tu penser que, sottement déçue. Une si torle erreur ne frappât point ma vue? Le cœur se trompe-t-il a ce qu il iloit ainier? Il n'a pas dit un mut qui n ait su me clianner; Ta gaieté, tes prDpos, ses reçard-^, son lan(jage. Mon trouble, tout entin détruisoit ton ouvrage. Et le voile tombé ne m'a fait voir en lui Qrie l'inconnu pour (|ui tu parlois aujourd hui. U.ne me démentir...

MARINE

Je n'en serois pas crue .

Ah ! ah ! pour une A^piès , vous avez bonne vue ! Mais, dites-moi, pourquoi trouver tant de défauts Dans tous nos jeunes gens? comment? a quel propos? Kn le reconnoi.ssant quelle étoit \ otre envie?

DORISE

(elle de le punir de >a supercherie.

MARINE

O nature! à cet âge. et dès le premier pa.».

Conter à son amant ce qu'on ne jiense pas; Démêler d'un coup d œil un pareil strataf^ème, En voir tous les ressorts, et me jouer moi-même : Vous irez loin un jour, et j'en suis caution.

DORISE

Oh 1 j'ai bien dans l'esprit une autre opinion.

MARINE

Quelle est-elle?...

DORISE

Ce fils qu'a refusé mon père...

MARI .\ E

Eh bien?...

DORISE

Plus je l'entends, plus je le considère..

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