ACTE 1, SCENE VI
LISETTE
D'abord , parlez-moi vrai , sans que rien vous retienne. Voyons; qu'aiinez-vous mieux du cloître ou d'un époux?
CH LOÉ
A quoi bon ce propos?
LISETTE
c'est que j'ai près de vous Des pouvoirs pour les deux. Votre oncle m'a chargée De vous dire que c'est une affaire arrangée Que votre mariage : et, d'un autre côté, Votre mère m'a dit, avec même clarté. De vous notifier qu'il falloit sans remise l'artir pour le couvent : jugez de ma surprise.
CHLOÉ
Ma mère est la maîtresse, il lui faut obéir; Paisse-t-elle à ce prix cesser de me haïr!
LISETTE
Doucement, s'il vous plaît; l'affaire n'est pas faite,
Et ma décision n'est pas j>our la retraite :
Je ne suis point d'humeur d'aller périr d'ennui.
Frontin veut m'épouser, et j'ai du goût pour lui:
Je ne souffrirai pas l'exil qu'on nous ordonne.
Mais vous, n'aimez-vous plus Valère, qu'on vous donne?
CHLOÉ
Tu le vob bien, Lisette, il n'y faut plus songer. D'ailleurs, long-temps absent, Valère a pu changer: La dissipation , l'ivresse de sou âge , Une ville où tout plait, un monde où tout engage, Tant d'objets séduisants, tant de divers plaisirs. Ont loiu de moi sans doute emporté ses désirs.
Si Valère m'aimoit, s'il sougeoit que je l'aime , J'aurois dû quelquefois l'apprendre de lui-même. Qu'il soit heureux du moins ! Pour moi j'obéirai: Aux eauuis de l'exil mon cœur est préparé, Et j'y dois expier le crime involontaire D'avoir pu mériter la haine de ma mère. A quoi réves-tu donc? tu ne m'écoutes pas.
LISETTE
Fort bien... Voilà de quoi nous tirer d'embarras.. Et sûrement Florise...
CHLOÉ
Eh bien ?
LISETTE
Mademoiselle, Soyez tranquille ; allez , fiez-vous à mon zèle : Kous verrons sans pleurer la fin de tout ceci. C'est Cléon qui nous perd et brouille tout ici: Mais, malgré son crédit, je vous donne Valère. J'imagine un moveu d'éclairer votre mère Sur le fourbe insolent qui la mené aujourd'hui; Et nous la guérirons du goût quelle a pour lui: Vous verrez.
CHLOÉ
Ne fais rien que ce qu'elle souhaite.
Que ses vœux soient remplis , et je suis satisfaite.