‹ Chefs-d'œuvre dramatiques de Saintfoix, Gresset, et BretChapitre 7 sur 144 · SCÈNE n i · texte numérisé non relu

SCÈNE n i

el vous ue croyez pas sans douti' (ju'elles soient sen>»il)Ies : cependant je vais faire jouer certains ressorts qui produiront les mêmes mouvements que vous admirez dans vos oiseaux , et (jui vous font croire quils sentent el qu'ils pensent. {Lti Fée touche de sa baguette trois statues : celle du milieu commence une entrée par des niouitments de surj)rise et d admiration , et forme ses pas sur une sarabande jouée par les deux autres statues y dont Vune tient un violon ^ et lautre une flûte allemande : après la sarabande j tout l'orchestre en sourdine se joint h la flûte et au violon y et joue un air gai et coulé ^ sur leijuel la statue s'anime par itenrésy et danse ensuite un tambourin , par lequel l'entrée finit; pendant ce divertissement , Lucinde baisse les yeux y et paroi t triste.) Qu'avez-vous, Lucinde? Quelle sombre tristesse vous a saisie tout-à-coup? il sembleroit que ce petit divertissement vous fait de la peine.

LU Cl W IJ E.

Il m'en fait sans doute; il confond et détruit des idées où je m'entretenois avec plaisir. Ah! pauvres petits oiseaux! n'étes-vous donc que des machines? Je in'ima(^inoiâ que vous étiez sensibles, et que vous goûtiez une satisfaction infinie à vous trouver ensemble; le jour, sur une même

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branche , et la nuit au fond de quelque arbre creux. Çà la Fée.) J'arrangeois ensuite dans ïiia tête une foule de réflexions. La nature, disois-je, pour ménager des plaisirs à ces oiseaux, leur inspire une union si tendre. Elle n'aura pas été moins bonne à mon égard, et il y a sans doute quelque être de mon espèce avec qui je suis destinée à vivre comme ces oiseaux vivent ensemble... Vous le savez, dites-le-moi, ma bonne, qui peut être venu me baiser la main tandis que je dorraois?

LA FKE, riant.

Je soupçonne... un jeune homme dont je crois avoir aperçu les traces, et qui rôde depuis ce matin autour de ce palais. Il sera d'abord accouru à vous comme à un être de son espèce; mais vos regards, en vous éveillant, l'ont mis en fuite.

LUCINDE

Un jeune homme '....Les hommes sont-ils aussi des machines?

LA FÉE

Oui; mais plus parfaites et plus achevées que votre singe même, à qui vous croyez tant d'esprit. Leur couleur est ordinairement blanche, et ils ont la taille de ces statues. J'en avois autre-

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fois ici quelijiu's-uiis; mais il» ont tant de défauts que je m'en suis dégoûtée.

LTCINDE.

Les oiseaux chantent, ces statues dansent, mon clavecin rend des sons, et ni;i pendule indique l'heure (ju'il est : que font les hommes?

LA FÉE

Ils sont divisés en plusieurs espèces. Ceux qu'on appelle guerriers, et qui plaisent le plus à l'apparence, s'assemblent par milliers dans une plaine ; ils ont de longs rtniteaux bien tranchants, et de petits globes de fer oii ils renferment du feu; ensuite ils se précipitent les uns sur les autres, s'égorgent, se taillent en pièces...

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