CLÉON, LISETTE
Heureusement nous voiîà sans témoins:
Achève de m'instruire, et ne fais aucun doute...
i46 LE MÉCHANT.
LISETTE
Laissez-moi voir d'abord si personne n'écoute Par hasard à la porte, ou dans ce cabinet; Quelqu'un des gens pourroit entendre mon secret.
CLÉON, seul.
La petite Chloé, comme me dit Lisette, Pourroit vouloir de moi ! L'aventure est parfaite. Feignons : c'est à Valère assurer son refus , Et tourmenter Florise est un plaisir de plus.
LISETTE, à part, en revenant.
Tout va bien.
cléon.
Tu me vois dans la plus douce ivresse ; Je l'aimois , sans oser lui dire ma tendresse : .Sonde eucor ses désirs; s'ils répondent aux miens. Dis-lui que dès long-temps j ai prévenu les siens.
LISETTE
Je crains pourtant toujours.
clÉon.
Quoi?
LISETTE
Ce goût pour madame.
.Si tu n'as pour raison que cette belle flamme... Je te l'ai déjà dit; nou, je ne l'aime pas.
LISETTE
Ma foi ni moi non plus. Je suis dans l'embarras : Je veux sortir d'ici, je ne saurois m'y plaire. Ce n'est pas pour monsieur; j'aime son caraclère. Il est assez bon maitre, et le même en tout temps,
ACTK IV, SCÈXK IX. 147
Uou hoiume...
CLÉOM.
Oui, les iMvards sont toujours hunnesgens.
LISBTTK.
Tour mail.i me!.. Oh ! (l'honneur. Mais je crains ma fraiiciiisc. Si >ous redeveuiei aniuurt'ux île Florise... Car vous l'avez ete sûreineut, et je croi...
CLÉON
Moi , Lisette , amoureux ! tu te moques de moi : Je ne me le suis cru qu'une fuis en ma vie. J'eus Araminte un mois: elle t-(<»it très jolie. Mais coquette à l'excès; cela m'ennuyoit tort : File mourut, je fus enchante de sa mort. Il faut, |M>ur m'attacher, une ame simple et pure. Comme (^hlo«', qui sort des mains de la nature, Faite pour allier les \ertus aux plaisirs, Ft mériter I estime en donnant des désirs. Mais madame Florise!...
LISETTB.
File est insupportable; Rien n'est bien : autrefois je la croyois aimable. Je ne la trouvois pas difHcile à servir; Âujourdhui, franchement, on n'y peut plus tenir; Et, pour rester ici, j'y suis trop malheureuse. Comment la trouvez-vous?
CLÉON
Ridicule, odieuse...
L'air commun, qu'elle croit avoir noble |>ourtant ; Ne jHjuvant se guérir de se croire un enfant ; Tant de prétentions, tant de |)etite5 jjraces.
i48 LE MÉCHANT.
Que je mets, vu leur date, aa nombre des grimaces;
Tout cela dans le fond m'ennuie horriblement.
L'ue femme qui fuit le monde en enrageant,
Parcequ'oi) n'en veut plus, et se croit philosophe;
Qui veut être méchante, et n'en a pas l'étoffe;
Courant après resjirit, ou plutôt se parant
De l'esprit répète qu'elle attrape en courant;
Jouant le sentiment: il faudroit, pour lui plaire.
Tous les menus propos de la vieille Cythère,
Ou sans cesse essuyer des scènes de dépit,
Des fureurs sans amour, de l'humeur sans esprit.
Un amour-})ropre affreux, quoique rien ne soutienne...
LISETTE
Au fond je ne vois pas ce qui la rend si vaine.
CLÉON
Quoiqu'elle garde eucor des airs sur la vertu, De grands mots sur le cœur, qui n'a-t-elle pas eu? Elle a perdu les noms , elle a peu de mémoire; Mais tout Paris pourroit en retrouver l'histoire ; Et je n'aspire point à l'honneur singulier D'être le successeur de l'univers entier.
LISETTE, allant vers le cabinet.
Paix 1 j'entends la-dedans... Je crains quelque aventure.
CLÉox, seul.
Lisette est difficile , ou la voilà bien sûre Que je n'ai point l'amour qu'elle me soupçonnoit; Et si, comme elle, aussi Chloé l'imaginoit, Elle ne craindra plus...
LISETTE, à part, en revenant.
Elle est, ma foi, partie,