SCENE I
ANGÉLIQUE, Il OSE.
Vous paroissez plus gaie.
ANGÉLIQUE
Ah, j'ai sujet de l'être.
Morinval à ma main va renoncer peut-être.
ROSE
Se peut-il?... Il sait donc que vous ne l'aimez point?
ANGÉLIQUE
Il devroit le savoir. J'ai vu que sur ce point Il veiioit pour sonder le fond de ma pensée : Il a dû me trouver contrainte, embarrassée; Et, s'il est|)éuétraut, il se sera douté...
ROSE
Que ne lui parliez-vous avec plus de clarté?
ANGÉLIQUE
Je crois en avoir dit assez pour faire entendre Qu'à mon cœur vainement il espéroit prétendre. Hose, je me souvicus d'avoir dit (juclques mots Assez clairs,..
i6o L'OPTIMISTE.
ROSE
S'il pouvoit nous laisser en repos, Mademoiselle! alors, toutes deux, ce me semble, îsous serions, sans mari, bien tranquilles ensemble.
ANGÉLIQUE
Ah! ma chère, il n'est point de bonheur ici-bas.
Pourquoi , mademoiselle?
ANGÉLIQUE
Eh mais... On ne voit pas Monsieur Belfort. Où donc est-il?
ROSE
Il se promène Depuis une heure , seul, autour de la garenne. Il est pensif, rêveur : il a quelques chagrins, Ou je me trompe fort.
ANGÉLIQUE
Est-il vrai?
ROSE
Je le crains.
Il soupire.
ANGÉLIQUE
Il soupire?... Entre nous, chère Rose... De ses secrets ennuis t'a-t-il dit quelque chose?
ROSE
Jamais : il est discret.
ANGÉLIQUE
Mais il a tort, je crois.
De demeurer ainsi tout seul au fond des bois. Mon père, moi, sur-tout madame de Uosi'lte,